Littérature

novembre 9, 2012

Goncourt de circonstance

Étiquettes : , , , , , ,

Succédant à Alexis Jenni (lauréat 2011), c’est Jérôme Ferrari, qui vient de recevoir le célèbre prix Goncourt pour son roman Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud). Attendu chaque année avec impatience, tant par les écrivains que par les lecteurs, le prix Goncourt, à la dotation symbolique de 10 euros n’en est pas moins la récompense la plus prestigieuse du monde littéraire français. Pourtant, avant de devenir un nom commun (« le Goncourt de l’année… »), Goncourt était un nom propre.

Contrairement à leur Académie et au prix qu’elle décerne, les frères Goncourt n’ont jamais atteint le succès dont ils rêvaient et leur œuvre très peu lue aujourd’hui, n’est pas parvenue à la postérité. La remise du prix est l’occasion de vous présenter la vie et l’œuvre de Jules et Edmond de Goncourt. Place aux retrouvailles…

Edmond et Jules de Goncourt, par Paul Gavarni

Bouvard et Pécuchet
Edmond de Goncourt est né à Nancy en mai 1822. De huit ans son cadet, Jules voit le jour pendant les troubles politiques de 1830. Leur père meurt alors qu’ils sont encore enfants, et seulement deux ans après leur sœur est emportée par le choléra. Les deux garçons se trouvent seuls avec leur mère dont ils sont très proches. Ils font des études brillantes et Edmond commence une carrière de comptable qu’il exècre. Lorsque leur mère décède à son tour, en 1848, ils sont déjà adultes mais n’en sont pas moins effondrés. Dès lors, Edmond, âgé de 26 ans, se considère comme responsable de son frère : « Ma mère, sur votre lit de mort, vous avez mis la main de votre enfant chéri et préféré dans la mienne, en me recommandant cet enfant avec un regard qu’on n’oublie pas. » Il veillera sur lui avec des attentions paternelles, jusqu’à sa mort.
La même année, Edmond abandonne son poste au ministère, qui lui pesait tant, et puisque leur héritage permet aux deux frères de vivre assez confortablement, ils décident de se consacrer à l’art et à la littérature. Edmond qui se plait depuis l’adolescence à chiner, commence à collectionner des œuvres d’art ou des bibelots d’une certaine valeur. Tels Bouvard et Pécuchet (dont on se demande s’ils n’ont pas fourni le modèle), les deux frères s’intéressent à tout. Ils se sont eux-mêmes essayés au dessin, à l’aquarelle, aux techniques de l’eau-forte et de la gravure, se sont improvisés antiquaires, historiens, journalistes et enfin romanciers.

L’écriture artiste
« Bibeloteurs » de génie, ils semblaient parfois s’intéresser aux objets plus qu’aux hommes. Ainsi, dans leur Histoire de la société française pendant la Révolution, ils ne racontent que très brièvement les évènements, mais s’attardent plus volontiers sur les bijoux révolutionnaires : «Bagues faites avec des pierres de la Bastille enchâssées», «alliances civiques et nationales, émaillées bleu, blanc et or», «tabatières de faïence aux trois couleurs», ou «boucles d’oreille constitutionnelles en verre blanc jouant le cristal de roche et portant écrit la patrie». Ce goût pour le détail, résultat de l’observation minutieuse, sera à la source de l’«écriture artiste» des Goncourt, chez qui le détail fait tout. Ils se raillent mutuellement et s’appellent «anecdotiers».
Leur style littéraire est basé sur deux grands axes : d’une part le réalisme (l’observation du réel et le «document humain» comme source unique de l’invention) et d’autre part, ce qu’ils appelaient «l’écriture artiste», dans laquelle le réel est considéré comme le sujet artistique par excellence. Ils rejetaient les modèles du passé au-delà du XVIIIe (leur modèle de prédilection était La Bruyère) et se tournaient vers la nouveauté et l’invention formelle. Ainsi, après avoir observé avec le regard du scientifique, il s’agissait de trouver les mots les plus justes – dût-on les inventer – pour rendre le réel. Le paradoxe des Goncourt réside dans l’utilisation de l’écriture artiste, considérée comme maniérée, pour décrire des scènes de la «réalité crue». C’est sans doute ce décalage surprenant qui a limité le succès éditorial de leurs romans.

Lire la suite de l’article sur le site du Magazine Littéraire

Laisser un commentaire