Théâtre

décembre 22, 2012

Théâtre : Quand un chien rencontre un chat…

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Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, dans une mise en scène de Jean-Pierre Brière.

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«Tout a commencé par une rencontre avec un lieu», explique Jean-Pierre Brière, tout juste dévêtu de son costume de dealer après avoir joué Dans la solitude des champs de coton. «Ce lieu, c’était un hôpital psychiatrique désaffecté. Un endroit incroyable, à la fois vide et plein de traces de la vie qu’il avait abritée.» Dans l’ancien CHS Navarre d’Evreux, Jean-Pierre Brière et Bruno Debrandt ont commencé à jouer des extraits de l’œuvre de Bernard-Marie Koltès, avec «la perspective encore lointaine et incertaine d’atteindre un monde, un territoire, un langage, celui de Dans la solitude des champs de coton.» Petit à petit, la pièce s’est montée entre ces murs délabrés, puis dans une ancienne chapelle de la ville où s’est installée la compagnie Mega Pobec. Elle y a été jouée en 2011, et y sera reprise début 2013, après un crochet par l’Etoile du Nord, à Paris.

Dans la solitude des champs de coton met en scène une rencontre, deux anonymes dans un lieu anonyme qui tentent de s’accorder sur un marché, dont l’objet ne sera jamais nommé. Du vide en somme, et des mots tout autour, pour le combler… Plus que de la valeur des choses, plus que de la peur et du désir, la pièce parle de la haine naturelle que certains ressentent envers d’autres, comme lorsqu’«un chien rencontre un chat», nous dit Koltès. Elle parle enfin de l’impossible communication entre les hommes, contre laquelle on ne se bat qu’avec des mots, se jetant à langue perdue dans un dialogue qui devient monologues à force d’être de sourd.

La figure de Koltès est indissociable de celle de Patrice Chéreau, qui a mis en scène la quasi-totalité de son œuvre, dontDans la solitude des champs de coton à trois reprises. C’est à son ombre imposante que les metteurs en scène se mesurent aujourd’hui, et la crainte de la comparaison leur fait souvent choisir des mises en scènes très éloignées. Jean-Pierre Brière, lui, s’inspire incontestablement de son aîné – jusqu’à jouer personnellement le rôle du dealer, comme l’avait fait Chéreau – et introduit cependant des éléments radicalement nouveaux. D’une part, la présence de chiens sur scène, qui déambulent ou s’installent tranquillement pour mieux observer la fureur des hommes ; et d’autre part l’introduction d’un personnage qui ne figure pas dans la pièce originale : «le troisième homme», anonyme joué par Jean-François Michel, qui s’immisce dans cet affrontement dialogué entre deux hommes. Simple observateur tapi dans un coin, il est l’ombre – double discret –, figure abstraite d’une conscience ou d’une folie.

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