Articles, Cinéma, Histoire

octobre 7, 2016

Sélection du mois : TV/DVD

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indian summersIndian Summers, série de Paul Rutman, 10 x 60min, diffusée à partir du jeudi 29 septembre à 20h55 sur Arte

L’été arrive et Cynthia Coffin (Julie Walters) s’affaire pour remettre le Royal Simla Club en état. Entourée d’une armée de domestiques indiens, elle époussette, frotte et récure. Ce n’est plus de son âge, mais le gratin de l’élite britannique est en chemin. Fuyant la touffeur des villes du sud pendant la saison chaude, le secrétaire du vice-roi, sa sœur, et toute la clique des mondains vont arriver d’une minute à l’autre. Enfin tout est prêt, il ne reste plus qu’à ouvrir grand les fenêtres et à passer un coup de chiffon sur la pancarte « No dogs, nor Indians » (interdit aux chiens et aux Indiens) à l’entrée de la propriété.

D’emblée, la série de Paul Rutman nous plonge dans l’univers exotique et mesquin des colonies britanniques où le luxe cache la misère, et le protocole la cruauté. Sous ses airs de Downton abbey à la sauce Bollywood, la fiction se nourrit d’intrigues amoureuses et politiques en costumes d’époque. Pour le plus grand plaisir des yeux, la reconstitution est aussi soignée que la production fût coûteuse. D’ailleurs, d’un point de vue esthétique, il est difficile de trouver à redire : les couleurs, la lumière, le souci du détail (une goutte de sueur, un souffle dans un rideau…), donnent à l’ensemble une densité et une délicatesse toute particulière. On respire l’odeur lourde des fleurs et la moiteur de l’air, tandis que l’on assiste au délitement progressif du Raj Britannique, lequel en 1932, vit ses dernières années.

Les colons noyés d’ennui intriguent à qui mieux mieux dans ce petit Versailles oriental. Manipulations et coups fourrés, copieusement arrosés d’alcool, pimentent ces soirées d’été, et tandis que les Anglais affichent plus que jamais leur joyeuse (et feinte ?) insouciance, la révolte gronde de l’autre côté du miroir, dans les sombres ruelles de la ville… Quelque part entre les deux, Aafrin Dalal (Nikesh Patel), autochtone engagé au service des colons, est déchiré entre son ambition et ses rêves de justice, tiraillé entre les encouragements de la belle Alice Whelan et les remontrances de sa sœur, Sooni, militante indépendantiste. Tout semble reposer sur ses maigres épaules, pourtant Aafrin n’est pas le héros de cette histoire, où tous les personnages rivalisent au premier plan. Dans cette ambiance délétère où tout est permis, chaque choix à des conséquences et chacun peut devenir un héros, ou, du jour au lendemain, se changer en vilain. Bien joué, bien filmé, on se laisse vite happer par l’ambiance d’Indian Summers, même si les tenants et aboutissants sociaux-politiques mériteraient encore davantage d’attention.

 

CharcotUne aventure polaire – Jean-Baptiste Charcot, documentaire de Marc Jampolsky, 1h30, diffusé le 8 octobre à 20h50 sur Arte

À l’aube du XXe siècle, Jean-Baptiste Charcot abandonne sa carrière de médecin pour réaliser ses rêves d’aventure. Il embarque à bord d’un navire de légende, le Pourquoi Pas, à la conquête des pôles, dernières terres encore inexplorées… Équipé de matériel à la pointe de la technologie, et accompagné d’une équipe de savants aussi fous que lui, Charcot rapporte de ses expéditions des descriptions, relevés et échantillons de toutes sortes. Cette manne incroyablement précieuse pour la recherche scientifique est encore utilisée de nos jours. Nourri par de fascinantes images d’archives et agrémenté de quelques scènes d’animation, le documentaire revient en détail sur ce personnage complexe et injustement oublié. On y découvre l’aventurier et le scientifique, mais aussi un homme élégant, curieux et bienveillant, méritant bien son surnom de « gentleman des pôles ».

trilogie des balkansLa trilogie des Balkans, Chris Marker, 120min, Arte éditions, DVD 24, 99 euros.

Du réalisateur français Chris Marker on connaît bien les films majeurs (La Jetée ou encore Sans soleil…). Son travail sur les Balkans a connu un succès moindre, pourtant il porte un regard original et sensible sur les événements des années quatre-vingt-dix. Le coffret édité par Arte compile trois courts documentaires de 25 minutes qui abordent différents aspects du conflit en ex-Yougoslavie. Le premier (Le 20 heures dans les camps) est un reportage sur une expérience menée en 1993 en Slovénie, où un journal télévisé a été entièrement réalisé par des réfugiés bosniaques. Le spectateur reçoit ensuite les confessions d’un ancien soldat de l’ONU, dans Casque bleu, témoignage édifiant de François Crémieux sur son expérience de six mois en Bosnie. Enfin, Un maire au Kosovo, dresse le portrait d’un chirurgien de guerre devenu maire de la petite ville de Mitrovitsa, déchirée par les conflits. Accompagnés de courtes présentations et d’un livret explicatif d’une vingtaine de pages, ces trois documentaires proposent trois points de vue et autant de facettes d’une même situation qui permettent au spectateur de s’approcher, tout en délicatesse, de la vérité.

 

Retrouvez ma sélection Ciné/DVD dans le n°838 du magazine Historia (octobre 2016)

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