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juin 12, 2016

Sélection du mois : DVD

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the danish girlThe Danish Girl, Tom Hooper, 114 min, Universal, DVD 16,99 euros, Blu-ray 20 euros

Dans le Danemark des années folles, un couple d’artistes épanoui mène la vie de bohème. Un jour, Gerda demande à son mari de poser travesti en femme, pour les besoins d’une de ses toiles. Pour lui, c’est une révélation : Lili Elbe est née. Petit à petit, Lili prend la place d’Einar dans son corps et dans sa tête. Lili Elbe est la première personne à subir une chirurgie de réattribution sexuelle… et à en mourir à peine trois mois après l’opération. Jusqu’à la fin, elle reçut le soutien de son ex-femme, Gerda Gottlieb, qui réalisa d’elle de nombreux portraits.

L’histoire vraie d’Einar Wegener / Lili Elbe ne pouvait que nourrir l’inspiration de Tom Hooper qui excelle dans les films psychologiques (Le Discours d’un Roi…). En adaptant le roman de David Ebershoff, Hooper évoque avec délicatesse le trouble causé par une personne transgenre à une époque où il n’y avait pas de mot pour cela, où les étiquettes allaient d’« homosexuel » à « schizophrène ». Malheureusement, certaines choses n’ont guère évolué, le poids du regard et la violence sont toujours là, bien présents. Le biopic nous rappelle aussi les dangers que représentait à l’époque cette opération encore inédite… Quel est le prix à payer pour être enfin soi-même ?

j'ai survécu à ma mortJ’ai survécu à ma mort, Vojtěch Jasný, 93min, Mille et une productions, DVD, 22,99 euros.

Par le biais d’une fiction, le réalisateur tchèque Vojtěch Jasný, dévoile au public le quotidien des prisonniers du camp de travail de Mauthausen en Autriche. Entre 1938 et 1945, plus de 200 000 détenus ont franchi ses portes. 120 000 n’en sont jamais ressortis. Lors de la réalisation du film en 1960 se posait déjà l’éternelle question : comment représenter l’insoutenable ? Jasný utilise un personnage relativement neutre : un boxeur tchèque enfermé sur un coup de malchance. Il n’est pas engagé politiquement et ne veut surtout pas « tremper dans les magouilles » de la résistance qui se met en place tant bien que mal dans le camp. L’évolution du personnage, qui découvre petit à petit le pouvoir de la lutte collective, n’est finalement qu’une intrigue de second plan. Elle sert de prétexte pour dévoiler une vision plus globale, et une représentation très précise de Mauthausen. Plus que les aventures de Tony, c’est le quotidien des déportés que l’on suit. Et l’on comprend bien vite que c’est à eux que le titre fait référence. Tous ces revenants des camps ont survécu à leur mort. Travaux forcés, tortures et humiliations, entraide et rivalités des prisonniers, petits trafics, tentatives de résistance, complicité de certains SS… tout y est. Le film ne vous apprendra rien de bien nouveau sur le sujet, pourtant il faut le replacer dans son contexte. En 1960, il existe encore assez peu d’œuvres sur l’univers concentrationnaire. Une telle fiction, dont le réalisme est approuvé par des rescapés de Mauthausen, apparaît alors comme un témoignage rare et précieux. Les premières années, J’ai survécu à ma mort a d’ailleurs connu un certain succès, revendiqué comme un bon outil pédagogique. Sans qu’on puisse l’expliquer, le film est rapidement tombé dans l’oubli. Il est aujourd’hui réédité dans une version légèrement restaurée, accompagné d’un livret instructif rédigé par Daniel Simon, le président de l’amicale de Mauthausen. Sa sortie en DVD, plus d’un demi-siècle après sa réalisation, permettra peut-être à l’œuvre cinématographique de survivre elle aussi à sa mort ?

 

ElserElser, un héros ordinaire,  Oliver Hirschbiegel, 109 min, Blaq Out, Blu-ray et DVD, 20 euros.

Le 8 novembre 1939, une bombe explose dans la brasserie Bürgerbräu à Munich. Elle visait Hitler et quelques dignitaires nazis qui l’accompagnaient pour une cérémonie officielle. Malheureusement, les hommes ont quitté les lieux quelques minutes avant l’explosion. Cet attentat raté contre le führer a été commis par un individu seul : Georg Elser. Qu’est-ce qui a poussé cet honnête citoyen, modeste menuisier, à prendre les armes ? Comment a-t-il fait pour construire et poser une bombe de cette ampleur, déjouant toutes les sécurités, seul et sans formation militaire ? Et surtout, que serait-il advenu si l’attentat n’avait pas échoué ? Voici les questions que soulève Oliver Hirschbiegel (La Chute, Diana…) dans ce biopic très réussi, en se concentrant sur l’histoire et la psychologie du personnage d’Elser.

Retrouvez ma sélection DVD dans le n°834 du magazine Historia (juin 2016)

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