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décembre 5, 2013

Samuel Bellamy, le pirate gentleman

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Samuel Bellamy

A l’occasion du hors-série « Pirates, la terreur des caraïbes », du magazine Historia, découvrez le portrait d’un forban de légende : Samuel Bellamy.

En 1716, dans la région du cap Cod (Massachusetts), la belle Maria Hallett attend son amant… Samuel lui a promis de revenir suffisamment riche pour être en mesure l’épouser. Il a pris la mer, accompagné par son ami Paul Williams. Chacun à bord d’un sloop, ils cherchent les épaves de galions espagnols coulés dans le golf de Floride. Peine Perdue. Après plusieurs semaines, les deux chasseurs de trésors doivent se rendre à l’évidence, mais Samuel Bellamy imagine la déception sur le visage de sa bien aimée et refuse de rentrer les mains vides. Ils aperçoivent alors un navire à l’horizon, le Marie-Anne. Celui-ci se dirige droit sur eux, hissant fièrement le pavillon noir… A bord figurent deux pirates de renom : le capitaine Benjamin Hornigold et son second, Edward Teach, dit Barbe-Noire. Les compères n’hésitent pas longtemps avant de rejoindre l’équipage.

Peu après, le capitaine renonce à la piraterie et l’équipage orphelin organise un conseil exceptionnel. Il nomme à sa tête Samuel Bellamy, désormais appelé « Black Sam ». En février 1717, Bellamy attaque un négrier, le Whydah, qui porte à son bord quantité d’or, d’ivoire et d’indigo, et deux douzaines d’esclaves africains. Immédiatement libérés, ils se joignent à cet équipage bigarré – on y rencontre des hommes de toutes nationalités : Britanniques, Français, Hollandais, Espagnols, Suédois, Amérindiens… Bellamy fait du Whydah – le plus grand navire pirate connu à ce jour – son vaisseau amiral, et place Paul Williams aux commandes du Marie-Anne. Ensemble et en moins d’une année, ils feront une cinquantaine de prises sur les côtes américaines et mettront à mal le commerce dans la baie de Chesapeake, au large du Maryland.

« Faire la guerre au monde entier »

Au sommet de sa courte gloire, Black Sam a fière allure : il arbore un long manteau de velours, des bas de soie et des boucles d’argent à ses souliers, ainsi qu’une épée au côté et quatre pistolets à la ceinture. On l’appelle « le Prince des pirates » pour son élégance, mais aussi pour sa générosité légendaire. Peter Hooff, un des membres de l’équipage, témoigne de la confiance qui règne sur le Whydah. « L’argent est gardé dans des coffres placés entre les ponts, sans aucune surveillance, mais personne n’aurait l’idée d’en prendre sans l’autorisation du quartier-maître ».

Pour conserver l’esprit de concorde, Bellamy n’engage aucun homme contre sa volonté et respecte à la lettre les décisions l’équipage. Le capitaine Beer en fait les frais lorsque son navire marchand est attaqué au large de la Caroline. Black Sam voudrait lui restituer le bâtiment après l’avoir délesté de ses richesses, mais les autres pirates ne sont pas de cet avis. « Palsambleu ! » aurait juré le pirate, « je regrette bien qu’ils ne veuillent pas vous restituer votre sloop, car faire du tort à quelqu’un quand je n’y ai pas intérêt, voilà qui n’est pas dans mes habitudes. » En guise de compensation, il propose au marchand de rejoindre leur camp et s’offusque devant son refus : « Vous êtes un bandit à la conscience bien diabolique ! Que la peste vous emporte, je suis un prince libre et j’ai autant de droit à faire la guerre au monde entier que celui qui a cent voiles sur mer et cent mille fantassins sur terre : voilà ce que me dit ma conscience à moi. » Le navire est coulé et Beer déposé à terre sans plus de façons.

Si l’on sait peu de chose des premières années de Sam Bellamy – Il serait né en 1689, en Angleterre, dans le Devonshire, aurait travaillé comme marin avant de s’installer au cap Cod où il rencontre Maria Hallett –, on connaît parfaitement la fin de sa vie : contrairement à beaucoup de ses semblables, il n’est pas pendu, il n’est jamais capturé, mais fini ses jours brutalement dans le naufrage du Whydah en avril 1717. Deux versions des faits persistent à ce sujet : l’Histoire générale des plus fameux pyrates, relate que l’on avait confié la barre à un prisonnier qui connaissait bien ces eaux. Il aurait profité de l’ivresse de ses geôliers, un soir, pour drosser le navire contre le rivage. La légende voudrait plutôt que Bellamy, jugeant sa mission accomplie, se soit enfin décidé à rentrer auprès de Maria, mais qu’une violente tempête aurait empêché ses desseins. Les deux histoires s’accordent sur le nombre de survivants : seulement huit pirates, qui furent rapidement capturés, puis exécutés. Black Sam ne figure pas parmi ceux-là. On l’aurait aperçu quelques années plus tard, voguant sous le Jolly Roger, l’emblème du pavillon noir, son long manteau de velours flottant aux quatre vents…

 

Retrouvez cet article dans le hors-série « Pirates, la terreur des caraïbes », du magazine Historia (novembre 2013)

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