Littérature

novembre 13, 2012

Robert Alexis fantasme à travers les siècles

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Les Contes d’Orsanne, Robert Alexis 

La Robe offrait une réflexion sur l’identité sexuelle, prétexte à la description par le menu des perversités humaines. Nulle excuse cette fois : Robert Alexis s’engage avec Les Contes d’Orsanne dans un texte ouvertement pornographique, où la psychologie ne parvient plus à rivaliser avec le cliché.

Dans ce roman fantastique, le lecteur est invité à pénétrer dans le fantasme d’un homme, qui s’ébauche et s’affine à force de se rejouer. Le monde se modèle comme de l’argile, les corps féminins de même. Soumises et assoiffées, elles sont toutes prostituées de profession ou de caractère. Trois « contes » et trois univers différents où se rejoue la même rencontre : « Des siècles défilaient, les époques qu’elle avait occupées de multiples façons : un banc dans un jardin public, une galerie marchande dévastée, la tour d’une forteresse, l’escalier qui menait à son sommet, la contemplation des étoiles, des feux, des brûlots, ici et là, partout dans le futur et le passé. »

Le premier récit prend place dans un avenir indéterminé. Les derniers survivants d’une ville qui s’effrite demeurent enlacés dans une intimité que la destruction du monde ne semble faite que pour servir. Lorsque ce cadre, peut-être trop artificiel ou trop ouvertement malléable, ne suffit plus. Robert Alexis en crée un autre, surgissant d’un imaginaire plus lointain, médiéval. Un monde où la prestance d’un homme suffit à ce que toute une société accepte qu’il en prenne les femmes, l’une après l’autre. Enfin, le troisième récit, le « Conte d’été », prend place dans les années cinquante. Le narrateur – cette fois dans la peau d’un jeune étudiant en médecine – se retire pour quelques jours dans la demeure de ses quatre jolies tantes, qui l’initient aux secrets de la nature.

Les Contes d’Orsanne se présentent comme un exercice de style où le fantasme se décline en trois thèmes, mais où toujours le monde se plie au désir d’un seul homme : l’auteur démiurge.

Sous sa main, le texte s’érige lentement, se tisse et se détisse sans aucune limite. Cette femme sera reine ou putain, si tel est son désir. Un libertinage narratif qui accorde une place de choix au blasphème et à la provocation : quand l’étudiant chevauche ses tantes l’une après l’autre (et parfois toutes ensemble), le prêtre se laisse tenter par le diable ou son incarnation dans les corps voluptueux de jeunes nonnes possédées.

En tant que spectateur, le narrateur nous accepte dans son fantasme pour que sa jouissance devienne la nôtre : celle du voyeur. Pourtant l’intrigue, cyclique, triptyque, tarde et s’essouffle comme un mauvais amant. La plume, sèche comme un coup de fouet, impose par à-coups l’idée que seul le fantasme survit au temps et donc à la mort. « Mon désir, c’est le temps que je mets à recopier notre passé, le désir c’est le temps qu’il me faut pour t’installer ailleurs, pour tout imaginer de toi, toi qui n’existes plus, je n’existe pas mieux, l’un et l’autre nous nous déplaçons, et ce déplacement, c’est cela qu’on appelle le temps. »

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