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décembre 1, 2010

RIP Noir Désir

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On le devinait avant-hier, avec l’abandon de Serge Teyssot-Gay et cela s’est confirmé hier. Noir Désir c’est bien fini. On a dit que c’était le meilleur groupe de rock français avec Téléphone, mais Téléphone à côté n’offre guère plus qu’une voix criarde et des paroles niaises.

Peut-on comparer ça :

« Je rêvais d’une autre Terre […] Une Terre moins terre à terre […] Je marchais les yeux fermés, je ne voyais plus mes pieds » (D’ailleurs, quant à cette dernière phrase, est-ce vraiment les paroles originales ou mon oreille fourche ? Est-il possible de faire des rimes aussi médiocres et d’en obtenir un succès ?!)

A ça :

« Juste le temps de battre des cils, un souffle, un éclat bleu, un instant, qui dit mieux.
L’équilibre est fragile […]
Pendant que ton ombre en douce te quitte, entends-tu les autres qui se battent
à la périphérie.

Et même si tes yeux dissolvent les comètes qui me passent une à une au travers de la tête.
J’y pense encore,
j’y pense… »

Ou à des vers comme celui-ci :

« Où vont les persannes. Où vont ces paires d’yeux. Ouvrez les persiennes. La jalousie des dieux. »

Je ne parlerai pas de l’instrumental irréprochable, avec une guitare exacerbée et parfois un harmonica à la nostalgie délicieuse, mais selon moi, la véritable richesse de ce groupe réside dans le texte.

Chaque morceau de Noir Désir est à lui seul un poème.  

Qui plus est, travaillé et nourrit de nombreuses références qui vont de Lewis Carrol (« alice fait sa nuit dans des villes enchantees et elle se reveille au matin sur des terres brulees » ) au délicieux clin d’œil à Prévert dont le poème « Les Feuilles Mortes » devient: « quand les amoureux se ramassent à la pelle, toutes les feuilles mortes se marrent entre elles » en passant par la magnifique reprise du poème de Léo Ferré, « des armes », dont je ne résiste pas à l’envie de le copier ici :

« Des armes, des chouettes, des brillantes,
Des qu’il faut nettoyer souvent pour le plaisir,
Et qu’il faut caresser comme pour le plaisir,
L’autre, celui qui fait rêver les communiantes.

Des armes bleues comme la terre,
Des qu’il faut se garder au chaud au fond de l’âme,
Dans les yeux, dans le coeur, dans les bras d’une femme,
Qu’on garde au fond de soi comme on garde un mystère.

Des armes au secret des jours,
Sous l’herbe, dans le ciel et puis dans l’écriture,
des qui vous font rêver très tard dans les lectures,
et qui mettent la poésie dans les discours.

Des armes, des armes, des armes,
Et des poètes de service à la gâchette,
Pour mettre le feu aux dernières cigarettes,
Au bout d’un vers français… brillant comme une larme.

Des armes, des armes… des armes… »

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=DhXkeBykF1o]

Alors, bien sûr, Noir Désir, on croit connaître par cœur, mais la prochaine fois que vous entendrez le groupe à la radio, au lieu de fredonner sans réfléchir, écoutez et savourez la profondeur du son et du sens : On n’est pas encore revenu du pays des mystères.

6 thoughts on “RIP Noir Désir

  1. Noir Désir c’est Noir Désir !
    Pourquoi chercher à comparer ?
    Décroche ton téléphone ou pas de toutes les façons le vent l’emportera…

  2. C’est vrai: pourquoi chercher à comparer ? Ils sont incomparables..
    Tu pourrais citer le titre sur les paroles 😉 « Septembre en attendant » ; « les parisiennes » & « à l’envers à l’endroit »..
    Personnellement j’aurais bien rajouté des paroles de « bouquet de nerfs » et surtout « à ton étoile » véritable symbole du groupe.
    Mais c’est vrai : on pourrait citer toutes les chansons..

  3. c’est klér que ça fait toujours plaisir d’écoute Noir Désir. ça a plutôt bien vieilli et on se dit souvent, ptét parce qu’on vieilli mal, qu’il y avait beaucoup plus de sens dans leur musique que dans les groupes actuels, niveau rock au moins (je parle pas de Keny Arkana et tout ça).
    pour être réaliste le rock français est dans une phase très pauvre. heureusement il y a du bon punk (« guerilla poubelle » et d’autres)…

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