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novembre 15, 2016

Reportage : Le mur d’Hadrien

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mur d'hadrien

Dans les régions reculées du nord de l’Angleterre règne une étrange atmosphère. À Carlisle (comté de Cumbria) une lumière chaude et légèrement saturée fait ressortir les reliefs et confère au moindre détail un aspect surréaliste. Un rayon de soleil perce de gros nuages sombres et vient caresser la façade de la petite cathédrale. Il y fait bon vivre, même si l’accent local donne des sueurs froides. La ville revêt aujourd’hui des atours médiévaux, pourtant son histoire remonte bien plus loin. À l’époque de l’empereur Hadrien, Luguvalium était un important fort romain sur la frontière nord de l’Empire, aux confins du monde. L’empereur lui-même s’est tenu là, il y a presque 1900 ans. A-t-il ressenti la même émotion ?

Ce n’est qu’à l’extérieur de la ville, en direction de l’Ouest, que l’on peut voir une trace concrète du passage des Romains. À la faveur d’une éclaircie, on longe des champs nappés de brouillard et peuplés de moutons au regard vide. Et soudain, il est là, le mur d’Hadrien… sans début ni fin, il surgit de nulle part et s’impose à l’œil comme une évidence. Symbole de la puissance de l’Empire qui parvint jusqu’à ces terres éloignées ; et de son déclin, puisque le mur, laissé à l’abandon au Ve siècle, n’est plus que ruines. Il ne reste qu’entre 10 et 20% de l’ouvrage d’origine : guère plus qu’un muret qui court à travers le pays, de la mer d’Irlande à celle du Nord, longeant, à quelques kilomètres près, la frontière écossaise. Sur le tracé du mur se dessinent les silhouettes des forts et des tourelles qui le parsemaient : un poste de garde tous les miles romains et deux tours de guet entre chaque, avec une régularité toute romaine sur près de 120 km de distance ! On commence à comprendre l’ampleur de l’ouvrage : ce mur faisait 4,6 m de haut et entre 3 et 6 m de large. Il était probablement surmonté d’un chemin de ronde crénelé sur toute sa longueur. Au nord, un large fossé additionné à des barricades de branches pointues achevait de décourager les assaillants. Ces ruines demeurent parmi les plus beaux vestiges de l’époque romaine en Angleterre, elles sont aussi le monument historique le plus long d’Europe du Nord, sorte de muraille de Chine à la sauce Worcestershire.

mur d'hadrienEn longeant les falaises escarpées, une vision s’impose : le mur, déjà impressionnant en lui-même, surplombant cette immense paroi rocheuse, comme un symbole à la fois de la grandeur de l’Empire et de son inviolabilité. Impossible de franchir une telle barrière ! L’homme, tout petit point en bas, ne peut qu’abandonner. Cette image a inspiré à l’écrivain George R.R. Martin le mur de glace de Game of Thrones, et l’on comprend pourquoi ! Les « sauvageons » sont ici des tribus celtes et pictes connues par les Romains sous le nom de « Brigantes », et la garde, composée 10 à 15 000 soldats issus de régiments auxiliaires. Ils sont romains, mais aussi gaulois, espagnols, germains, égyptiens ou mauritaniens, pour la plupart d’anciens prisonniers de guerre. À la frontière de l’Empire, au bord du monde… Que ressentent ces hommes, perdus loin de chez eux, dans une contrée froide et hostile, tandis qu’ils observent ce paysage somptueux, baigné de brume et de mystère ?

Ils sont envoyés par le nouvel empereur Hadrien, qui vient de succéder à Trajan en 117 après J.C. À seulement 41 ans, il se trouve projeté à la tête d’un vaste empire qui s’étend de l’Afrique à l’Écosse et à l’Est jusqu’en Syrie. Saura-t-il en préserver les frontières ? Parviendra-t-il à les repousser plus loin encore, pour prouver la grandeur de son règne ? On dit qu’Hadrien, « le pacificateur », préfère l’art des lettres à celui de la guerre. Il n’a aucune visée expansionniste… Alors pourquoi sont-ils ici, ces soldats terrifiés et grelottants ? Pour « pacifier » justement ! Car sur place, il y a des troubles :  impossible de garder le contrôle sur les barbares du nord. Cet ennemi insaisissable n’attaque pas en grandes batailles rangées comme les apprécient les Romains, mais par surprise. Sans armures ni épées, de petits groupes d’insurgés coupent les routes avec une violence fulgurante et gênent le commerce. Hadrien se focalise sur le maintien de l’ordre. Il envoie des troupes au nord de Britannia, mais au lieu de récupérer les territoires perdus, il leur demande de construire un immense mur à l’emplacement des frontières actuelles. Intelligent et modéré, il est aussi passionné d’architecture. Ce mur est pour lui l’occasion de montrer aux yeux du monde la puissance de son empire. Faute d’être un conquérant, il sera un grand bâtisseur. (…)

 

 

Lire la suite du reportage dans le numéro 738 du magazine Historia (octobre 2016)

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