Littérature numérique, Reportage

janvier 19, 2011

Remue.net fête ses dix ans : l’occasion de faire remuer nos méninges !

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Remue.net fête ses dix ans. Pour l’occasion, la médiathèque Marguerite Duras (Paris, XXeme) organisait samedi dernier une journée en l’honneur de l’association. Par chance, nous passions par là…

Tout a commencé par une petite présentation : Remue.net, qu’est-ce-que c’est ? Il s’agissait à l’origine d’un site personnel, mis en ligne il y a un peu plus de dix ans (donc aux débuts du net) par François Bon. Le but était, dès le début, de repenser la littérature face et avec ce nouveau support qu’est Internet. Remue.net, c’est donc un laboratoire où l’on expérimente, où l’on teste et où l’on goûte la littérature du web.

Petit à petit, d’autres ont rejoint l’aventure et Remue est devenu un collectif, puis une association. Aujourd’hui ils sont une quarantaine à participer au site, qui a vu fleurir petit à petit différentes rubriques : Des créations, mais aussi des dossiers, des articles et surtout une revue qui a la particularité de se lire au fur et à mesure de son élaboration (contrairement à une revue papier à laquelle on n’accède qu’une fois celle-ci achevée et publiée).

Pour Philippe Rhamy, le secrétaire de l’association, le but de Remue.net c’est avant tout de « tenter un assaut contre les frontières, contre l’enclavement où notre vie nous tient, en sachant que c’est aux frontières, justement, aux coutures, à ces lignes de force et de partage qui font d’un paysage un espace à vivre que se joue la littérature dont nous ne savons rien, sinon qu’elle se défausse à la saisie, sinon qu’elle est pour moi le lieu instable et mouvant, pourtant absolument réel et invincible de la fraternité.» Ainsi, l’association propose l’expérience littéraire d’un nouveau support qui dépasse ce simple rôle pour s’intégrer au texte et réciproquement. Elle cherche à s’approprier un nouveau système d’écriture et à lancer une réflexion sur le langage dans ses pratiques numériques.

 

« Ce qu’Internet change dans votre rapport à l’écriture. »

Suite à la présentation générale, une table ronde sur la question épineuse des changements imposés ou proposés par le web. Cinq membres de Remue.net, également auteurs de sites ou de blogs littéraires ont participé au débat :

Philippe de Jonckheere (auteur du site www.desordre.net)

Thierry Beinstingel (auteur sur Remue.net)

Anne Savelli (auteure de blogs : « Fenêtre Open Space » et « Dans la ville haute »)

Anthony Poiraudeau (auteur du blog : « Futile & Grave »)

Cécile Portier (auteure du blog : « Petite racine »)

 

Pour Cécile Porter, écrire « c’est avant tout s’adresser à quelqu’un », l’auteur a besoin de ressentir la présence d’un interlocuteur et Internet permet l’aperçu de ce « quelqu’un » derrière l’écran, qui interagit, réagit au texte. Elle insiste sur l’idée qu’Internet est un espace publique et qu’il est capable de réduire les distances entre les individus. Cassant la solitude légendaire de l’écrivain torturé, comme on se le représente encore trop souvent. D’ailleurs, Anthony Poiraudeau va dans ce sens : « Internet autorise à être débutant, à oser s’exprimer ». Sur la toile, on a le droit à l’erreur. Le net nous éloigne de cette conception sacralisée de l’écrit.

Pour Anne Savelli et Thierry Beinstingel, Internet c’est juste un outil qui permet une plus grande liberté ainsi qu’une immédiateté de la lecture que l’on n’a pas avec le papier. Ils posent joliment la question de la pérennité du web : « Comment fera la poussière pour recouvrir nos feuilles de routes ? »

Enfin, selon Philippe de Jonckheere (qui écrit directement en HTML !) : Une nouvelle forme d’écriture est née, qui est entièrement autonome et délaisse tout les critères établis. « La linéarité est en faillite. »

 

Au final, ce qui ressort de cette discussion c’est le nouveau rapport au texte qui est apparu avec Internet. Un nouveau rapport à la lecture (en plein débat sur le livre numérique), comme à l’écriture. Le texte lui-même change, intuitivement il s’élargit en s’emparant des nouvelles possibilités que lui offre la toile. Images, sons et surtout liens vers d’autres textes ou d’autres médias. L’intertextualité apparaît et développe une nouvelle idée du texte comme constellation. On rejoint presque l’idée que Mallarmé se faisait du Livre parfait qu’il a tenté de créer toute sa vie durant. Toutefois, lui, attachait extrêmement d’importance à la matérialité du livre, au livre en tant qu’objet. Sans doute n’était-il pas prêt à se détacher des pages, à déchirer le papier.

Mais le sommes-nous aujourd’hui ?

 

 

A podcaster aussi : l’émission « Place de la toile » du 16/01 (France Culture) , « web et littérature : les dix ans de remue.net »

 

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