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octobre 18, 2015

Où en est-on avec Staline ?

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Staline Paris MatchStaline, un des pires dictateurs du XXe siècle, instigateur de la Grande Terreur, responsable d’une des famines les plus meurtrières, de millions d’assassinats et de déportations dans les goulags… mais Staline, c’est aussi le grand vainqueur de Stalingrad, sans qui les alliés n’auraient pu l’emporter sur le nazisme, c’est aussi l’homme qui de sa poigne de fer s’empara « d’une Russie à la charrue, et la laiss[a] avec l’arme atomique », selon le bon mot de Winston Churchill. Quel souvenir reste-t-il du Petit père des peuples aujourd’hui ? Celui du héros victorieux ou celui du tyran assoiffé de pouvoir ?

Le travail de mémoire est ambigu sur une telle figure. Pendant son règne, les archives ont été tronquées, et aujourd’hui encore d’importants documents restent introuvables, éclipsés par la circulation massive de faux. Impossible d’obtenir plus qu’une vague estimation du nombre de morts des Grandes Purges, pendant lesquelles un homme pouvait être exécuté simplement pour avoir mal orthographié le nom du Guide. Une fois mise hors de portée de nuire, les victimes disparaissaient totalement des archives, les documents administratifs étaient détruits, les photos retouchées pour faire disparaître jusqu’au souvenir de ces « ennemis du peuple ». La conséquence de ce méticuleux travail de faussaire, c’est cette minimisation de la responsabilité du dictateur que l’on constate aujourd’hui. Sans chiffres, sans noms, on oublie les victimes et on atténue les crimes… Ajoutez à cela les restes du culte de la personnalité instauré par Staline et le détournement de son image à des fins politiques et vous obtiendrez un souvenir ému de cette époque.

L’ascension avant la chute

La puissance de Staline reposait en grande partie sur le culte de sa personnalité. Mis en place à partir de 1929, avec la célébration en grandes pompes de son cinquantième anniversaire, il s’est décliné dans les années suivantes en quelques centaines de statues et de monuments colossaux à son effigie, et le changement de noms de dizaines de villes et de milliers rues dans toute l’URSS et au-delà. La montagne la plus haute devient « le pic Staline », et des « prix Staline » sont décernés dans tous les domaines à l’instar des Nobel.

La Seconde Guerre mondiale donne un bon coup de pouce à l’image que souhaite véhiculer le dictateur. Après la victoire de l’armée rouge à Stalingrad en 1943, il devient l’homme qui a écrasé l’Allemagne nazie. La liste des lieux portant son nom grandit encore davantage. Au début des années 1950, on trouve des rues et des places Staline dans toute l’Europe et jusqu’au Canada.

Le 5 mars 1953, Staline succombe à une attaque cérébrale. Il faudra encore trois ans avant que le nouveau dirigeant de l’URSS, Nikita Khrouchtchev, ose s’en prendre au mythe du Généralissime et entame une politique de « déstalinisation ». À la fin du XXe congrès du Parti, en 1956, il divulgue son « rapport secret » sur les exactions commises par son prédécesseur. On s’attèle alors activement à supprimer toutes les traces du culte de la personnalité : les monuments sont mis à bas, les statues déboulonnées, Stalingrad renommée Volgograd, etc… Le processus connaît une deuxième vague après la chute de l’URSS. Seule une poignée de monuments commémoratifs survivent à la purge.

Au début des années 1990, il restait en Russie seulement quelques statues et une poignée de « rue Staline », de même dans la plupart des pays de l’ancienne URSS. En République Tchèque, il existe encore un « quartier Staline », deux « Stalin road » au Royaume-Uni et pas moins de cinq en Inde ! En France, on garde à Paris une place et une station de métro « Stalingrad », ainsi qu’une « rue Staline » dans la petite ville d’Essômes-sur-Marne (troisième côté du triangle formé avec les rues Churchill et Roosevelt, en référence aux vainqueurs de la guerre).

Le retour de Staline

Cependant, depuis le début des années 2000 et l’arrivée au pouvoir en Russie de Vladimir Poutine, on assiste à un regain d’admiration pour la figure du Petit père des peuples, dépoussiérée et même détournée par la politique nationaliste. « D’un point de vue plus strictement politique, cette réhabilitation de la mémoire du stalinisme peut être vue comme un moyen pour le régime de justifier sa propre politique de violation des droits de l’homme », s’inquiète le chercheur Kora Andrieu dans une tribune de Médiapart, « Si même la terreur stalinienne peut être justifiée par ses buts, pourquoi le gouvernement actuel ne pourrait-il pas, lui aussi, faire tout ce qui est nécessaire pour le « bien » du pays ? »

Lire la suite de l’article dans le hors-série de Paris-Match : « Staline : terreur, guerre et propagande », en kiosque le 16 octobre 2015.

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