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juillet 26, 2015

Les secrets de l’île de Pâques

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Le soir tombe sur l’océan Pacifique où voguent les trois navires d’une petite flotte hollandaise. Les matelots scrutent l’immensité aqueuse à la recherche de la terra australis incognita. Pourtant, ce 5 avril 1722, ce n’est pas le mystérieux continent qu’ils aperçoivent à l’horizon, mais un minuscule morceau de terre. Le capitaine Roggeveen réfléchit un instant pour nommer cette île qui n’est répertoriée sur aucune carte. C’était un dimanche de Pâques.

Le lendemain matin, le jour leur dévoile un rivage escarpé, surmonté d’une armée de géants de pierre à l’air vaguement menaçant : les moai. Contrairement à cette première impression hostile, les habitants se révèlent très accueillants. Ils n’ont pas l’air surpris de l’arrivée des Européens. Avant même que le bateau n’ait mouillé dans la baie, ils montent à bord, observent et s’enthousiasment des technologies maritimes, dansent pour leurs nouveaux hôtes, sans oublier de leur soutirer discrètement quelques babioles. Mais lorsque l’équipage débarque pour visiter l’île que les locaux appellent Rapa Nui, c’est une terre aride et désolée qu’ils foulent. Il y a bien quelques ridicules bouquets d’arbres aux troncs fins comme le bras, mais partout ailleurs ce n’est que lande herbeuse balayée par le vent, les embruns salés et la chaleur. Rien ne pousse ici, et les pascuans sont contraints de redoubler d’ingéniosité pour subsister, imaginant des potagers souterrains, creusés à l’abri dans des fosses, et utilisant pour nourrir leurs feux des herbes séchées. Miro, le bois, leur manque cruellement. C’est ce qu’ils réclament avec le plus d’insistance aux étrangers.

Très vite les Européens remarquent le chaînon manquant entre cette végétation quasi inexistante et la présence des moai sur la côte. Comment, sans l’aide de leviers, de cordes ou de forts rondins de bois, les pascuans ont-ils transporté ces colosses de deux à dix mètres de haut, pesant plusieurs dizaines de tonnes, sur des distances allant parfois jusqu’à vingt kilomètres ? Lorsqu’on les interroge, ils sont unanimes : les géants se sont levés, guidés par le mana, et ont marché seuls vers la mer.

Roggeveen, Cook, La Pérouse, les voyageurs européens sont vivement impressionnés par ces titans rocailleux qui figurent en bonne place dans leurs relations de voyages. L’écrivain Pierre Loti, de passage à Rapa Nui en 1872, en fait cette description : « mystérieuse et isolée [l’île] est plantée de hautes statues monstrueuses, œuvres d’on ne sait quelles races aujourd’hui disparues, et son passé demeure une énigme. »

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Les moai, représentent d’illustres ancêtres et sont vénérés par les insulaires. Ils semblent avoir été déposés comme par magie sur leurs ahus, socles cérémoniels, le long de la côte et de certains chemins. Dos à la mer, par petits groupes, ils observent leur peuple de leur regard de corail et veillent sur lui, tout en affichant aux yeux du monde sa puissance.

Si l’on a rapidement compris le secret de la fabrication des statues : creusées à même les flancs du volcan Rano Raraku, leur déplacement est longtemps demeuré un mystère. Au fur et à mesure des siècles, les théories les plus folles se sont succédées. Certains parlent d’un immense tapis d’ignames et de patates douces sur lequel les statues auraient été trainées, d’autres évoquent une force électromagnétique ou antigravitationnelle qui les aurait maintenues en lévitation jusqu’à leur point d’arrivée, et longtemps, on a même envisagé l’intervention des extraterrestres !

Il est peu de mystère dont la science ne vienne un jour à bout. Celui des moai de l’île de Pâques a récemment trouvé sa solution grâce aux travaux des archéologues Michel et Catherine Orliac. Le couple a analysé de très nombreux morceaux de charbon de bois retrouvés sur des sites d’habitations anciennes. Il apparaît que ce charbon provient d’une vingtaine d’espèces de ligneux dont certains sont des arbres de plus de vingt mètres. Il y avait donc à l’arrivée des Pascuans sur l’île aux environs de l’an mil, une forêt luxuriante qui devait rappeler la végétation actuelle de Tahiti. Parmi cette multitude de hauts palmiers, les insulaires ne manquaient pas de bois d’œuvre pour déplacer leurs immenses statues, bien que la technique utilisée fasse encore l’objet de plusieurs théories (les statues ont-elles été roulées sur des troncs comme le pense Michel Orliac ou tirées, verticales, par de solides cordages à la manière d’un gros frigo, selon la récente suggestion de deux chercheurs américains : Terry Hunt et Carl Lipo ?).

Quant à la disparition brutale de cette forêt au XVIIe siècle, peu avant la découverte de l’île par les Européens, sa cause est encore sujets à controverses : catastrophe naturelle ? déforestation excessive ? invasion de rats dévorant les graines des palmiers ? Selon la thèse la plus plausible, elle serait due à une période de sécheresse prolongée.

Il reste cependant plus d’un mystère à élucider sur l’île de Pâques. À commencer par le sens de ces inscriptions indéchiffrables retrouvées par dizaines dans les habitations. Écriture véritable ou procédé mnémotechnique, les tablettes Rongo-rongo n’ont pas encore livré leur secret.

Retrouvez cet article dans le livre Dix grandes énigmes de l’histoire passées au crible, collectif (dir. Victor Battaggion et Anne Bernet), éditions Sophia Publications.

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