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novembre 4, 2013

Les prix littéraires : une spécialité française

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Chaque année, d’août à novembre, la saison littéraire prend son essor. Les auteurs, à qui l’on octroie rarement ce privilège, se retrouvent à la une des médias, des flopées de journalistes attendent devant le restaurant Drouant le verdict des jurys du Goncourt ou du Renaudot. Cette folie des prix est-elle une exception culturelle française ? Les États-Unis ont bien le Pulitzer et le National Book Award, l’Allemagne le Deutscher Buchpreis, et l’édition japonaise fonctionne en grande partie grâce aux prix et aux concours littéraires, mais, hormis peut-être le Booker Prize britannique, aucune de ces récompenses ne rencontre autant d’échos que notre Goncourt. En 2008, leGuide des prix et concours littéraires de Bertrand Labes (éd. du Rocher) recense plus de deux mille récompenses décernées chaque année en France par des institutions publiques ou privées, des académies, des associations, ou même des individus. Avec cela, nous remportons de très loin la palme des plus grands distributeurs de prix. L’émulation causée par ces distinctions participe de la vie littéraire, au point que l’édition s’est progressivement organisée en fonction de celles-ci : en regroupant la grande majorité des parutions à la fin de l’été, pour qu’elles aient une chance d’être sélectionnées, c’est le milieu de l’édition, relayé par la critique journalistique, qui a donné naissance à ce que l’on appelle la « saison littéraire », autre spécialité locale.

Financièrement, chacun y trouve son compte – de l’auteur au libraire, en passant par l’éditeur et le journaliste -, mais la remise de prix est aussi l’occasion de furieux débats intellectuels autour des qualités de tel ou tel livre sélectionné ou injustement rejeté. En dépit des dérives qui lui sont fréquemment reprochées, parfois à raison – manipulations, stratégies commerciales, guerres d’influence -, la saison a donc le mérite de faire parler de littérature pendant presque quatre mois, un avantage considérable dans cette période de déclin du nombre de lecteurs.

Aujourd’hui à la base de l’organisation éditoriale, les prix littéraires sont considérés comme un phénomène unique, « oxymorique », selon le terme de l’universitaire Sylvie Ducas : ils rassemblent les concepts censément opposés d’économie et de littérature, mais leur influence, dans un domaine comme dans l’autre, ne peut être mise en doute. La preuve en est le développement récent d’études et de recherches sur un sujet considéré jusqu’alors comme anecdotique. Parmi elles, on relève deux ouvrages parus récemment : La Littérature à quel(s) prix ?, de Sylvie Ducas et Du côté de chez Drouant, de Pierre Assouline, membre de l’académie Goncourt et notamment collaborateur du Magazine Littéraire. Ce dernier fait la chronique des cent dix années d’existence du plus important prix littéraire français, « qui ne va pas à un écrivain, encore moins à un éditeur, tient-il à rappeler, mais bien à une oeuvre d’imagination en prose parue dans l’année ». Le recul lui permet de porter un regard objectif sur les évolutions et les tensions qui ont secoué « les dix », ainsi que sur les choix des jurés, depuis 1903 jusqu’à sa propre entrée au cénacle, en 2012…

Lire la suite de l’article dans le n°537 du Magazine Littéraire (novembre 2013) ou sur magazine-litteraire.com

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