Littérature

juillet 31, 2013

Les meilleures lectures de l’été (2/2)

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Chaque été le Magazine Littéraire, en collaboration avec Marianne, propose une sélection des meilleurs livres de poches à emporter en vacances. Quel sera votre choix ?

ne-me-liberezNe me libère pas, je m’en charge. Plaidoyers pour l’émancipation des femmes, Clémentine Autain, éd. Librio, 105 p., 3 euros.

Qui mieux que Clémentine Autain, politique et militante pour le droit des femmes, pouvait proposer une anthologie de pamphlets féministes ? Sa sélection est personnelle et revendiquée comme telle : « Les textes choisis piochent dans un répertoire qui ne représente pas toute la diversité du féminisme. […] Mes racines sont clairement matérialistes, pénétrées de la culture du mouvement ouvrier, abreuvées de marxisme. » Ainsi, on ne trouvera pas trace d’Annie Leclerc ou de Julia Kristeva qui font l’éloge de la différence des sexes, mais plutôt des féministes radicales : de Marie de Gournay, l’une des premières à se battre pour la cause des femmes au XVIIeme siècle, jusqu’à Nancy Fraser, égérie américaine contemporaine du féminisme, en passant par les incontournables Olympe de Gouges ou Simone de Beauvoir, sans oublier certains représentants masculins, tels François Poulain de la Barre ou Nicolas de Condorcet. L’ordre chronologique permet d’apprécier non seulement l’évolution des idées et du statut de la femme dans la société, mais aussi celle de la langue française. Les revendications elles-mêmes se modulent au fil du temps de manières parfois surprenantes : En 1789, les femmes du tiers état réclamaient le droit à l’exclusivité concernant certains corps de métiers considérés comme féminins : « Nous demandons que les hommes ne puissent, sous aucun prétexte, exercer les métiers qui sont l’apanage des femmes, soit couturière, brodeuse, marchande de modes, etc. etc. Qu’on nous laisse au moins l’aiguille et le fuseau. Nous nous engageons à ne manier jamais le compas ni l’équerre. » Une révolution plus tard, Hubertine Auclert inverse la tendance : « Qu’on mette les garçons de douze à seize ans à la cuisine, à la couture et qu’on laisse les jeunes filles dans les écoles industrielles. […] bientôt les rapports entre la valeur des deux sexes seront totalement renversés. » Aussi instructive que plaisante à lire, l’anthologie de Clémentine Autain est un rappel à l’ordre – Tout reste à accomplir ! –, mais également et avant tout un hommage à ces femmes qui réclamaient le droit de monter à la tribune et qui, pour beaucoup, obtinrent celui de monter à l’échafaud.

eterovicLa Couleur de la peau, Ramon Diaz-Eterovic, éd. Métailié, 231 p., 10 euros, traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg.

Pour quelques heures savoureuses, Diaz-Eterovic nous offre une mémorable virée à Santiago. Au gré des rêveries d’Heredia, détective privé de son état. Cinquantenaire désabusé, il traîne sa déprime dans une ville tantôt réaliste, tantôt fantasmée, irradiant de vie, de sons et de parfums. Contacté par un de ces immigrés Péruviens en quête de travail – Ils sont des centaines –, il accepte de partir à la recherche de son frère disparu, Alberto Coiro. Crime raciste, affaire de drogue, fugue amoureuse ? Toutes les pistes sont ouvertes dans cette enquête qui n’intéresse ni la police ni les journaux. Seul dans la vie comme dans cette affaire, Heredia ne compte plus que sur son chat (Simenon) pour lui porter conseil.  Au rythme du tango et des citations littéraires qu’il affectionne par-dessus-tout, l’intrigue, complexe à souhaits, nous fait découvrir les différents échelons de la société chilienne : du vieillard vagabond, à l’ouïe aussi fine qu’indiscrète, aux riches mafieux organisant des tournois de poker clandestins, sans oublier la communauté péruvienne qui s’entasse dans des hangars en attendant vainement la fortune.

 

je voudraisJe voudrais tant que tu te souviennes. Poèmes mis en chansons de Rutebeuf à Boris Vian, Sophie Nauleau (dir.), Gallimard, 272 p., 6, 90 euros.

Certains classiques de la variété française sont devenus si familiers à nos oreilles que nous en avons oublié l’origine. De Brassens à Jean Louis Murat, ils sont nombreux à s’être inspirés de notre patrimoine poétique. Sophie Nauleau, productrice radio et écrivaine, a souhaité rendre à César ce qui appartient à César, en réunissant les plus célèbres de ces poèmes mis en chanson : elle reproduit le texte d’origine, tout en indiquant les compositeurs et les interprètes qui l’ont repris par la suite. « Il est troublant de redécouvrir ces poèmes in extenso sur la page dans leur souffle premier, explique-t-elle en introduction, et de s’en tenir aux poèmes «poèmes » quitte à se priver des « standards » que l’on porte en soi comme des pendants d’oreilles. » On (re)découvre au fil des pages la passion de Brassens pour la poésie, de la Ballade des Dames du temps jadis de François Villon, à Guitare de Victor Hugo, en passant par la Marquise de Corneille et Pensée des morts de Lamartine. Aznavour, Ferré, Gainsbourg, Barbara, ou Moustaki, tout juste disparu, ne sont pas en reste, qui mettent en musique Verlaine, Baudelaire ou Eluard. Quant à la belle Juliette Greco, elle porte avec succès l’humour d’un Desnos ou d’un Queneau de sa voix suave. L’occasion de relire les plus beaux vers de la poésie française, tout en fredonnant pour le reste de la journée.

 

le tourLe tour de la prison, Marguerite Yourcenar, Folio, 240 p., 6, 50 euros.

Vers la fin de sa vie, Marguerite Yourcenar a souhaité partager l’expérience de ses derniers périples. Le Tour de la prison s’apparente donc à un recueil d’impressions de voyage. Le projet initial devait contenir des descriptions d’Egypte, de Thaïlande, du Kenya et de l’Inde, mais l’écrivaine n’a pu achever son œuvre, et l’éditeur a dû s’en tenir à l’évocation de l’archipel nippon, ainsi qu’à quelques vues du Canada et des Etats-Unis. Il a toutefois eu le bon goût d’ajouter en postface une conférence prononcée par Yourcenar à Tokyo, le 26 octobre 1982, sur le thème du voyage en littérature, où elle évoque avec philosophie le regard des auteurs sur l’Autre, de Montaigne à Flaubert, en passant par Baudelaire et Chateaubriand. « Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins le tour de sa prison ? », fait-elle dire à Zénon dans L’Œuvre au noir. Suivant ce précepte, Yourcenar fait tranquillement le tour de la sienne, dont elle écarte progressivement les murs.  Sans s’arrêter aux apparences, elle détaille de sa plume précise et poétique, le Japon de la fin du XXème siècle, s’attachant à décrire les survivances de cette culture ancestrale à travers l’art contemporain : le théâtre Kabuki et Nô, les marionnettes Bunraku, mais aussi l’œuvre littéraire de Mishima, qu’elle admirait tant qu’elle lui consacra un essai.  Comme Zénon, Yourcenar mêle l’étude et le voyage, de manière à « marcher sur le monde comme sur un livre ouvert » et nous exhorte vigoureusement à en faire autant.

Retrouvez la suite de la sélection dans le hors-série Juillet-août 2013 du Magazine Littéraire et de Marianne.

Les meilleures lectures de l’été (1/2)

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