Littérature

juillet 19, 2013

Les meilleures lectures de l’été (1/2)

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Chaque été le Magazine Littéraire, en collaboration avec Marianne, propose une sélection des meilleurs livres de poches à emporter en vacances. Quel sera votre choix ?

stalineLes vaches de Staline, Sofi Oksanen, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, Le livre de Poche, 552 p., 7, 90 euros.

C’est avec Purge, que Sofi Oksanen est découverte en France, en 2010. Sa plume incisive, la justesse et la dureté de ses évocations retiennent immédiatement l’attention de la critique et encouragent les éditeurs à se pencher sur son premier roman, Les vaches de Staline, qui confirment le succès de son auteur.

Lorsque les Estoniens exilés en Sibérie ont pu rentrer chez eux, leurs familles et leurs anciens amis n’ont pas cru ce qu’ils racontaient. « Ca ne peut pas être vrai. La propagande affirme tout autre chose. ». La propagande affirme par exemple que le bétail produit sous le régime soviétique est extraordinaire. Les prisonniers racontent de leur côté qu’ils avaient leur propre race de vache là-bas, en Sibérie : « Les vaches de Staline ». En réalité, « la vache de Staline, c’est une chèvre. » et les prisonniers qui osent en parler disparaissent aussi vite qu’ils avaient réapparu.

Pour fuir le pays du mensonge, Katariina épouse un Finlandais et change d’identité. Un mensonge pour un autre. Personne ne doit savoir qu’elle est estonienne. Anna, sa fille, porte elle aussi son secret comme un fardeau : nul ne peut deviner qu’elle est anorexique. Quand sa mère soigne son nouvel accent finlandais, Anna organise ses « séances alimentaires ». Leurs secrets les rongent, empiètent sur leur vie, jusqu’à devenir incontrôlables. Jusqu’à éclater aux yeux du monde. Avec ce récit d’inspiration autobiographique, Sofi Oksanen, dont le père était finlandais et la mère estonienne, offre le tableau d’un pays détruit par le communisme et dont les habitants, écorchés vifs, portent les cicatrices de l’Histoire. Tandis que l’Estonie se reconstruit, ils apprennent pas à pas, à se redresser.

 

doublureLa Doublure, Raymond Roussel, Gallimard, 196 p., 8, 90 euros.

Raymond Roussel, âgé de vingt ans à peine à la fin du XIXeme siècle, publia à compte d’auteur ce texte inclassable, vague pastiche de poème épique, où il relate en alexandrins les aventures d’un comédien médiocre, condamné à rester simple « doublure », et de sa maîtresse, avec qui il s’enfuit pour assister au Carnaval de Nice. Fantasque, baroque, l’ouvrage fut alors mal reçu. Roussel sera réhabilité par les surréalistes, qui voyaient en lui « le plus grand magnétiseur des temps modernes ». A vous de subir son influence.

vif-comme-le-desir-3905903-250-400Vif comme le désir, Laura Esquivel, traduit de l’espagnol (Mexique) par Frédéric Eugène Illouz, Folio, 224 p., 6, 50 euros.

Comme un hommage à la mémoire de son propre père lui aussi télégraphiste, Laura Esquivel retrace les derniers jours de Jubilo Chi, mourant avec son métier. Aveugle et atteint de la maladie de Parkinson, le vieil homme ne peut plus s’exprimer. Pour lui, qui a consacré toute sa vie à établir la communication entre les êtres, rien n’est plus cruel que l’isolement. A son chevet, sa fille va s’ingénier à rétablir le contact entre son père et ses proches. Pour ce faire, l’auteur remonte le temps, nous emmène sous le chaud soleil du Mexique sur les traces de cet homme qu’était Jubilo.  Depuis son enfance, sa vie avait été guidée par une sorte de tension émotionnelle qui lui permettait de mieux comprendre les autres. Lors de sa rencontre avec Lucha, qui deviendra sa femme, cette tension devient érotique. Fou d’amour et de désir, Jubilo n’aura désormais que deux buts, auxquels il consacrera sa vie : favoriser la communication entre les gens et aimer sa femme. Avec ce court roman, Laura Esquivel rend hommage au désir et à l’évidence des émotions humaines, mais aussi à l’ère géniale du télégraphe, qui permit d’ouvrir la communication dans le monde entier, bien avant Internet.

amiLe Livre de mon ami, Anatole France, Rivages, 295 p., 8, 65 euros.

Entre roman et mémoires, Le Livre de mon ami, s’inspire indubitablement des premières années d’Anatole France, que l’on retrouve ici sous le nom de Pierre Nozière. Outre quelques différences – il fera notamment de son libraire de père, un atypique médecin-collectionneur et attribuera à sa grand-mère d’étonnantes anecdotes sur la révolution française –, le cadre et les souvenirs semblent correspondre à la réalité. La plume délicate n’est pas sans rappeler celle de Proust, qui décrira quelques années plus tard, les mêmes délices et terreurs enfantines, et jusqu’à cette adoration immodérée de la figure maternelle.

Des frayeurs irrationnelles de la plus tendre enfance, aux souvenirs moins poussiéreux de la fin de l’adolescence, « cette mise en fiction des souvenirs est une manière de suggérer que notre Moi ancien devient pour nous, avec le temps, une fiction, un autre si lointain qu’il semble inventé ». Comme le suggère Guillaume Metayer dans sa très complète préface, Anatole France s’engage sur le chemin du souvenir, comme sur la trame d’une histoire qui ne serait plus la sienne. Descente périlleuse dans les méandres obscurs du passé. C’est d’ailleurs sous le signe de Dante que s’ouvre le récit, mais dans cet enfer bienheureux,  les flammes ne sont que celles du foyer.

Retrouvez la suite de la sélection dans le hors-série Juillet-août 2013 du Magazine Littéraire et de Marianne.

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