Littérature, Reportage

février 27, 2012

Les dessous affriolants d’« Edwarda », revue érotique et littéraire

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Sam Guelimi et John Jefferson Selve sont jeunes et chics, à l’image de leur revue: un grand format sur beau papier regroupant des textes d’auteurs et des photos de femmes dénudées. Si l’on trouve parmi les collaborateurs des grands noms comme Jean-Jacques Schuhl, Philippe Sollers ou Yannick Haennel, les photos sont pour la plupart de la main de Sam Guelimi elle-même.

Lorsque vous le lui rappelez, elle secoue sa crinière sombre d’un air de fausse modestie raffinée et vous cite les noms de photographes connus qui ont collaboré à la revue: Gilles Berquet, David Bellemere ou Uwe Ommer pour ne citer qu’eux. John Jefferson Selve n’est pas moins élégant, dans son costume noir et cintré. Cheveux courts et peau mate, il parle avec enthousiasme : « Allons plutôt à côté pour commencer, nous serons mieux. »

Thé & lasciveté

A côté, c’est l’hôtel San Regis. Sam Guelimi adore ce lieu, « il faut juste ne pas être allergique aux faux livres », précise-t-elle en désignant une bibliothèque pleine de reliures en carton. On ne saurait dire si le reste est aussi faux, mais le petit salon de l’hôtel est somptueux, avec ses tentures et ses dorures du plus pointu baroque. Sam Guelimi et John Jefferson Selve s’installent dans un petit canapé tendu de velours bordeaux. Avec ses airs de boudoirs, le cadre se prête aux confidences :

« Les filles photographiées ? Oh… eh bien, au départ nous avons fait appel à un de nos amis, se souvient Sam dans un sourire. Une sorte de Don Juan qui avait tout un tas de numéros de jeunes femmes dans son répertoire. » Progressivement, de nouveaux corps se sont ajoutés à la représentation de la « fille Edwarda » : « Maintenant de jeunes modèles nous contactent spontanément, un peu comme les auteurs. »

C’est John Jefferson Selve qui s’occupe d’entrer en relation avec les auteurs, mais il affirme que, de plus en plus ils viennent d’eux-mêmes, désireux de participer à la revue. Le prochain numéro verra ainsi la signature d’un écrivain et éditeur très prisé dans le milieu littéraire germanopratin (mais on n’en dit pas plus).

Il ne sera pas le premier à faire parler d’« Edwarda ». Dès le numéro de lancement, en janvier 2010, le sommaire alignait les noms de Jean-Jacques Schuhl, Mehdi Belhaj Kacem, Claro, Yannick Haenel. Les éditions suivantes ont vu défiler ceux de Philippe Sollers, Pierre Michon, Matthieu Larnaudie, Cécile Guilbert, ou encore Simon Liberati.

Pour ce qui est du fond, « ce sont en quelque sorte des exercices d’écriture sous contrainte, explique la directrice de la rédaction. Je leur donne un mot (‘‘Travers’’, ‘‘Ivresse’’, ‘‘Précision’’…), qui fait office de thème pour le numéro. Ils doivent composer avec… » Cela donne naissance à un jeu de miroir entre le texte et l’image, correspondances subtiles écloses d’un seul mot, qui rappellent encore une fois qu’à l’origine est le verbe.

Outre les photographes et les écrivains, on trouve dans la revue philosophes (Véronique Bergen), dessinateurs (Damien MacDonald), cinéastes (Philippe Grandrieux, Christophe Honoré et Bertrand Bonello) et même chanteur (un entretien avec Christophe dans le dernier numéro). Tout un panel d’artistes qui partagent leur vision de l’érotisme.

« L’érotisme, je l’ai dit, est à mes yeux le déséquilibre dans lequel l’être se met lui-même en question, consciemment », écrivait en son temps Georges Bataille. Outre le nom de son héroïne, c’est peut-être aussi cette définition, que Sam et John Jefferson ont voulu emprunter à l’auteur de Madame Edwarda et des Larmes d’Eros. Celle d’un érotisme intellectualisé et philosophé, d’un érotisme qui se cherche à tâtons, en suivant le flot tranquille de nos fantasmes.

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