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avril 3, 2015

Les citations historiques : Voltaire

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« L’art de la guerre est, comme celui de la médecine, meurtrier et conjectural. »

Voltaire

Cette sentence de Voltaire est tirée de son carnet, le Sottisier, où le philosophe écrit au fil de la plume des notes de lectures, citations d’auteurs et courtes réflexions de toutes sortes : de la maxime pleine de sagesse, à la remarque grivoise. « Ce qui distingue le Sottisier, c’est sa libre et piquante allure. », explique le journaliste et historien Louis-Antoine Léouzon dans sa préface de l’édition posthume, « Dans ses écrits imprimés. Voltaire vise nécessairement à l’effet : sa toilette est préméditée, il consulte son miroir, il attend que tout soit à point pour se montrer au public. Dans le Sottisier, rien de pareil. Voltaire s’enferme chez lui ; il s’étale en robe de chambre et en pantoufles. Ni masque ni pose. » En d’autres termes, voici la véritable pensée de Voltaire, sans fard ni artifice, avec ce qu’elle a de plus beau et de plus laid.

C’est que le Sottisier n’était en aucun cas destiné à la publication. La première édition que l’on connaît date de 1880, soit plus d’un siècle après la mort l’auteur, et a été réalisée à partir d’une copie… mais notre préfacier, Léouzon, atteste de son authenticité. Lui a vu le manuscrit de ses propres yeux. Lors d’un séjour en Russie, entre 1847 et 1850, il se rend au Palais de l’Ermitage pour examiner les ouvrages de Voltaire, dont la bibliothèque a été achetée à sa mort et déplacée à Saint-Pétersbourg par l’impératrice Catherine II de Russie. Les années ont passé, mais les écrits du philosophe sont toujours aussi corrosifs, considérés comme des objets dangereux ; les voir n’est pas donné à tout le monde. À force d’insistance, Léouzon obtient la faveur spéciale de pénétrer dans la bibliothèque, mais uniquement sous certaines conditions drastiques : « toutes les fois que je m’installais au milieu des livres et des manuscrits de Voltaire, quatre soldats, le fusil au bras, montaient la garde autour de ma table. »

Parmi les maximes qui ponctuent l’ouvrage, celle sur la guerre, cet art « meurtrier et conjectural », montre bien la faible estime que Voltaire porte à la stratégie militaire. Le philosophe pacifiste a même tenté une ou deux fois de servir d’intermédiaire entre les puissants, mais il a vite compris que l’attrait du pouvoir était malheureusement plus fort que la philosophie. Abandonnant sa guerre contre la guerre, Voltaire ne baisse pas les armes pour autant, mais se tourne vers d’autres combats : l’intolérance, le fanatisme, l’esclavagisme, l’injustice entres autres seront ses cibles privilégiées.

Pour changer les choses, il faut s’attaquer aux idées reçues. Voltaire participe à l’écriture de L’Encyclopédie avec Diderot et d’Alembert. Sous la forme d’un grand dictionnaire, ce livre engagé défend la liberté de pensée, la séparation des pouvoirs et s’attaque à la monarchie. Son seul inconvénient, c’est son prix… « Je voudrais bien savoir quel mal peut faire un livre qui coûte cent écus. » regrette-t-il dans une lettre à d’Alembert, « Jamais vingt volumes in-folio ne feront de révolution ; ce sont les petits livres portatifs à trente sous qui sont à craindre ».

Des petits livres à trente sous, c’est ce qu’il fera désormais. Retiré loin de la vie parisienne, dans le château de Ferney à partir de 1758, il travaille beaucoup, mais privilégie les œuvres « utiles et courtes », parfois de simples brochures de quelques pages qui sont diffusées clandestinement. La stratégie est efficace : en 1759, son Candide s’est déjà écoulé à environ 20 000 exemplaires, alors que L’Encyclopédie ne dépasse pas les 4 000 exemplaires. C’est aussi pendant cette période qu’il commence à s’intéresser de près à la justice et à suivre des procès. Son nouveau cheval de bataille : traquer l’injustice et « écraser l’infâme ». Il s’insurge contre l’intolérance, les fausses accusations, et défend par tous les moyens des familles dont les procès deviennent grâce à lui des « affaires » : Calas, Sirven et La Barre sont notamment restées dans les mémoires après l’intervention du philosophe.

Dès lors, son nom est brandi comme un étendard. Voltaire, vieillissant et malade, se tient loin du monde et n’a pas conscience de son succès. Cependant, avant de mourir, il veut se rendre une dernière fois à Paris. Le 30 mars 1778 le voilà donc à la Comédie-Française pour assister à une représentation d’Irène. Quelle surprise alors de voir tout le peuple amassé qui se penche pour le voir, se bouscule pour essayer de le toucher, et crie « Vive le défenseur des Callas ! ». C’est seulement alors qu’il réalise la portée de son action. Armé de sa plume, Voltaire a gagné une grande bataille.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série du Point « 50 phrases cultes et drôles de l’histoire » (février, mars, avril 2015)

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