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juin 22, 2015

Les citations historiques : Richelieu

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« Les vaisseaux ennemis n’entreront plus à La Rochelle, s’ils ne volent. »

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Le cardinal de Richelieu regarde couler un à un les bateaux qu’il a fait venir exprès pour les noyer ici, dans la baie de La Rochelle. Ces épaves sont une garantie supplémentaire pour bloquer le passage vers la ville assiégée. Lorsque le dernier bâtiment disparaît, le cardinal peut enfin souffler. Un sourire que l’on a pas vu depuis des jours étire ses lèvres sous la moustache fine : « Les vaisseaux ennemis n’entreront plus à La Rochelle, s’ils ne volent. »

Aurait-on enfin trouvé le moyen de soumettre la cité rebelle ? Cela fait une dizaine d’années que La Rochelle fait la fière, elle se revendique bastion du protestantisme en France et réclame son indépendance. Pire encore, elle s’est alliée à l’Angleterre. Le Roi Louis XIII ne peut tolérer une telle insolence au sein de son royaume. Et puis, il s’agace que les protestants trouvent refuge à La Rochelle, lui qui veut instaurer une France entièrement catholique. En 1621, il se décide à attaquer. Les troupes royales se déploient autour de la ville, sur terre et sur mer. Les combats font rage, mais la ville ne cède pas. Ce n’est pas pour rien qu’elle est réputée imprenable : La Rochelle est entourée de remparts épais et de fortifications modernes : « bastions, chemins couverts, fossés à fond de cuve, demi-lunes, portes robustes et bien gardées ». L’armée du roi doit s’en retourner bredouille…

Louis XIII est furieux. Il convoque son ministre, le cardinal de Richelieu et le charge de régler ce problème au plus vite ! Cependant Richelieu prend son temps. Il a appris que la patience obtient toujours ce qui se refuse à la précipitation, et il veut être sûr de son plan avant de le mettre en œuvre. Après avoir étudié plusieurs propositions, il s’arrête sur le projet de l’ingénieur Clément Metezeau qui suggère une digue sur la mer pour fermer l’accès au port.

En septembre 1627, on commence les travaux. Quelques mois plus tard, un rempart de douze kilomètres est érigé autour de La Rochelle et une digue d’un kilomètre et demi bloque la baie, renforcée par des dizaines de bateaux coulés après avoir été lestés de pierres, ainsi qu’un puissant dispositif de canons sur le dessus. Au-delà de la digue, les navires de la flotte royale font le guet. Du côté des terres, toute une ville autour de la ville a surgie du néant : ce sont les campements de l’armée du Roi, qui s’étendent sur des kilomètres autour des remparts.

La cité huguenote est encerclée, fermée hermétiquement. Personne ne peut ni entrer, ni sortir. En quelques semaines la faim se fait sentir, malgré une restriction des vivres. Petit à petit les greniers se vident. On tue le bétail, puis on mange les chevaux et même les chiens et les chats.

Tout n’est peut-être pas perdu : en janvier 1628, une tempête affaiblit la digue. Un mois plus tard, deux navires anglais parviennent à franchir le blocus. Leurs cales sont remplies de nourriture : de quoi tenir deux semaines avec une bonne gestion des stocks. D’ici là, les Anglais promettent aux Rochelais qu’ils reviendront. C’est sans compter sur le cardinal de Richelieu qui fait immédiatement renforcer la digue, quitte à payer double ses quatre-mille ouvriers pour qu’ils se pressent davantage. Il fait venir encore une trentaine de bateaux pour les couler le long de son édifice flottant. Cette fois, plus un seul navire anglais ne passera !

À l’intérieur des murs, les Rochelais se désespèrent, meurent littéralement de faim et de maladie. On commence à envisager une reddition, mais le maire Jean Guiton refuse absolument d’en entendre parler : « Je percerai le cœur du premier qui parlera de se rendre ! » Dès lors, on n’ose plus rien dire et on meurt en silence dans la belle ville de La Rochelle…

À la fin du mois de septembre 1628, les rues sont désertes, seuls quelques cadavres jonchent le sol qu’on ne prend même plus la peine de ramasser. En une année de siège, la population est passée d’environ 28 000 à 5 400 habitants. Il n’y a presque plus rien, ni personne à sauver quand Jean Guiton fini par se rendre à l’évidence. Le 29 octobre, La Rochelle se rend et les troupes du Roi entrent dans la ville. Trois jours plus tard, le cardinal de Richelieu célèbre la messe dans l’église Sainte-Marguerite, l’actuel Oratoire, symbolisant la victoire de la religion catholique. Ironie du sort : une violente tempête détruit la digue de Richelieu seulement quelques jours plus tard.

Retrouvez cet article dans le hors-série du Point « 50 phrases cultes et drôles de l’histoire » (février, mars, avril 2015)

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