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février 22, 2015

Les citations historiques : Napoléon

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« Ne craignez rien mes amis, le boulet qui doit me tuer n’est pas encore fondu. »

La bataille de Montereau, par Jean-Charles Langlois
La bataille de Montereau, par Jean-Charles Langlois

Après la catastrophique retraite de Russie où sa Grande Armée a été décimée et la défaite guère plus glorieuse de Leipzig quelques mois plus tard, Napoléon voit son empire se retourner contre lui. Ses anciens alliés et les pays vaincus se liguent avec l’ennemi pour reprendre le terrain perdu : Russie, Prusse, Royaume-Uni, Suède, Autriche et plusieurs états allemands forment la Sixième coalition et envahissent les terres de l’Empereur. C’est la campagne de France, qui se déroule de janvier à avril 1814.

Quand arrive le mois de février, les armées coalisées commandées par le Prussien Blücher et l’Autrichien Schwarzenberg approchent de Paris. Napoléon tente de leur barrer le passage en s’immisçant entre les deux corps pour les attaquer chacun leur tour : Blücher à Champaubert, puis le lendemain Schwarzenberg à Montmirail, puis de nouveau Blücher le 14 février à Vauchamps, etc… Il fait ainsi reculer très nettement les coalisés et redonne un maigre espoir à la France. En cinq jours de combat, les envahisseurs perdent environ 50 000 hommes, mais ce carnage passe presque inaperçu devant la démesure des armées coalisées qui totalisent plus de 250 000 soldats. Le 18 février c’est au tour de l’armée de Schwarzenberg d’affronter aux abords de la commune de Montereau (Seine-et-Marne) au confluent de la Seine et de l’Yonne, les « Marie-Louise ». C’est ainsi, du nom de l’archiduchesse, que l’on surnomme les jeunes recrues aussi courageuses qu’inexpérimentées qui composent alors le gros des troupes napoléoniennes et dont certains soldats « montaient à cheval depuis quinze jours seulement ». Les archives impériales en dressent un portrait peu flatteur, mais révélateur : « La plupart ne savaient ni conduire leurs chevaux, ni manier leurs armes. À peine s’ils pouvaient tenir leurs rênes d’une main et le sabre de l’autre. » Sans le génie militaire de leurs chefs, ces jeunes hommes auraient été exterminés sans aucune difficulté par les soldats aguerris de la Sixième Coalition.

Dans l’air vif de cet après-midi de février, il est deux heures quand un premier bataillon reçoit l’ordre de charger pour reprendre le pont de l’Yonne, à l’entrée du village. Sous la direction du général Delord, les Marie-Louise s’élancent dans un désordre terrible, mais parviennent à percer les bataillons ennemis. À son tour, le général Pajol surgit sur le pont de la Seine et vient renforcer l’attaque. Quand l’Empereur arrive à Montereau une heure plus tard, l’ennemi est déjà en déroute. Napoléon gagne rapidement le plateau de Surville. De là, il surplombe le village et peut viser facilement, tout en restant relativement hors d’atteinte des tirs. Sans hésiter, l’empereur descend de cheval et arme lui même les canons légers qui accompagnent l’ennemi jusque dans sa fuite. Il en profite pour expliquer le fonctionnement de l’appareil à une jeune recrue. Quelques boulets cependant arrivent jusqu’à eux dont l’un passe tout près de lui. Affolés, ses hommes le supplient de ne pas s’exposer ainsi, et d’au moins reculer de quelques pas pour se mettre à l’abri des tirs. « Ne craignez rien mes amis, le boulet qui doit me tuer n’est pas encore fondu ! » répond l’empereur, qui continue d’armer le canon, vise tranquillement sa cible et tire sur l’ennemi en contre-bas. Dans le village, l’armée de Schwarzenberg se retire sous les canons des Français et poursuivie par les habitants de Montereau qui jettent des pierres et des tuiles pour porter main forte à leurs sauveurs.

C’est la dernière grande bataille de la campagne de France, dont on dit qu’elle fut la plus belle dans la longue carrière de Napoléon Ier. En dépit d’une série de victoires héroïques (voire miraculeuse compte-tenu du déséquilibre des forces en présence), les troupes françaises ne parviennent pas à endiguer l’invasion. Quelques semaines à peine après la bataille de Montereau, le 31 mars, les armées russes et prussiennes entrent dans Paris. Le 6 avril 1814, l’empereur doit abdiquer et partir en exil sur l’île d’Elbe. Un contretemps fâcheux, mais Napoléon n’a pas dit son dernier mot.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série du Point « 50 phrases cultes et drôles de l’histoire » (février, mars, avril 2015).

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