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mai 9, 2015

Les citations historiques : Mirabeau et la Prusse

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« La Prusse n’est pas un pays qui a une armée, c’est une armée qui a un pays. »

Frédéric II, par Anton Graff
Frédéric II, par Anton Graff

Quand il apprend la mort du Roi de Prusse Frédéric II en 1786, Mirabeau cet orateur de la Révolution aussi célèbre pour son élocution que pour sa grande laideur, laisse échapper ces mots : « La Prusse n’est pas un pays qui a une armée, c’est une armée qui a un pays. » Une réputation qui collera à la peau de la Prusse jusqu’à sa dissolution après la Seconde Guerre mondiale.

On a presque oublié l’existence de ce petit territoire, entre l’actuelle Pologne et la Russie. La Prusse à l’origine n’accueillait que quelques autochtones que l’on appelait les Borusses (« presque Russes »), d’où son nom obtenu par déformation. Elle a commencé à se développer lors de la colonisation de la région par les chevaliers teutoniques, mais c’est avec la création du Royaume de Prusse en 1701 qu’elle devient une puissance à part entière. Le premier « Roi en Prusse » est un monarque autoproclamé. Il se fait appeler Frédéric Ier, mais dans le langage populaire, on le surnomme « le Roi-sergent ». Il faut dire qu’il met très fortement l’accent sur la militarisation de son territoire. Il souhaite mettre en place la plus belle armée d’Europe. Un résultat obtenu quelques années plus tard, sous le règne de son fils : Frédéric II.

Ce dernier a connu une enfance difficile, sous la pression de la cruauté paternelle : ce père qui le bat, qui l’humilie quotidiennement, et qui, une fois pour le punir d’avoir tenté de s’enfuir, l’oblige à assister à la décapitation de son ami et complice. Se pliant aux désirs du Roi, il finit par renoncer à son goût pour les arts et la philosophie, pour se tourner vers l’étude militaire (il reviendra plus tard à ses premières amours, et entretiendra notamment une correspondance nourrie avec Voltaire).

Enfin, en 1740, le jeune Frédéric accède au trône de Prusse. Son héritage le plus important est cette armée de 80 000 têtes, parfaitement disciplinée. On raconte qu’elle possède même un « régiment de géants », regroupant les soldats les plus grands et les plus forts, sélectionnés avec soin par l’ancien Roi lui-même. Frédéric II, qui ne tardera pas à devenir « Frédéric le Grand » développe encore l’armée de son père et la porte à un degré d’excellence inégalé. Avec plus de 180 000 soldats, elle est plus grande et plus puissante que la plupart des armées européennes de l’époque. Le plus étonnant reste que la Prusse compte alors à peine plus de deux millions d’habitants.

Il est temps de mettre cette belle armée au travail. Quelques mois à peine après le début de son règne, Frédéric II s’engage dans la guerre de Succession d’Autriche. Le 10 avril 1741, il mène sa première bataille à Mollwitz. Encore novice dans l’art de guerre, il fait plusieurs erreurs stratégiques. À cause de la mauvaise position de certaines lignes, d’une mauvaise estimation de la distance et d’une attaque trop tardive, les choses tournent mal pour la Prusse. Le Roi manque de se faire tuer, suite à quoi il abandonne purement et simplement le champ de bataille, laissant le soin à son armée surentrainée de reprendre le dessus et de lui rapporter en fin de compte une belle victoire et la Silésie sur un plateau.

Dès lors, la Prusse, cette ancienne principauté allemande sans ressource, est propulsée sur l’échiquier politique parmi les plus grandes puissances européennes. En 1756, elle envahit la Saxe et déclenche la Guerre de Sept Ans. Un conflit souvent considéré comme la première guerre « mondiale », en raison du jeu des alliances et du rôle des colonies.

Frédéric II meurt en 1786, mais ses successeurs veilleront à continuer son œuvre de conquêtes et la Prusse s’impliquera dans les guerres napoléoniennes (rejoignant plusieurs des six coalitions successives contre la France), puis en se portera à la tête des états allemands lors de la guerre de 1870.

Après la Première Guerre mondiale, la puissance prussienne commence à décliner, elle redevient un simple « Land » (état fédéré) de l’Allemagne, mais c’est suite à la Seconde Guerre mondiale, le 25 février 1947, qu’elle est définitivement dissoute, considérée par les Alliés comme le berceau du militarisme allemand. Alors, plus de cent-cinquante ans après, la petite phrase de Mirabeau semble résonner. Cette puissance militaire qui était la signature de la Prusse l’a menée à son apogée comme à sa perte.

Retrouvez cet article dans le hors-série du Point « 50 phrases cultes et drôles de l’histoire » (février, mars, avril 2015)

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