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mars 1, 2015

Les citations historiques : Desaix

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« Oui, la bataille est perdue, mais il n’est que trois heures ; il reste encore le temps d’en gagner une ! » 

Desaix

Depuis le coup d’État du 18 Brumaire quelques mois auparavant, Napoléon Bonaparte est Premier Consul. En 1800, il tente de repousser l’armée autrichienne (membre avec le Royaume-Uni, la Russie et la Turquie de la Deuxième Coalition contre la France) qui vient d’envahir l’Italie sous le commandement du feld-maréchal Michael von Melas.

Avec moins d’hommes que son ennemi, Napoléon doit ruser. Il fait croire à une attaque directe de l’Autriche et ordonne un important mouvement de troupes vers l’Est, sous la direction du général Moreau. Pendant ce temps, il forme à Dijon une petite armée de réserve avec laquelle il entreprend de traverser les Alpes sur les traces de son modèle : Hannibal, le fameux général carthaginois qui, au IIIe siècle avant J.-C., conduisit une armée d’éléphants à travers ces mêmes cols enneigés.

Après une avancée suffisante vers l’Autriche, le général Moreau a pour ordre de bifurquer vers le Sud, lui aussi à travers les montagnes, pour rejoindre Bonaparte, tout en bloquant l’arrivée d’éventuels renforts autrichiens.

Cependant, de l’autre côté de la frontière, la ville de Gênes est tenue par le général français André Masséna, mais elle est durement assiégée. Bonaparte espère arriver à temps pour coincer l’ennemi entre l’armée de Masséna et la sienne. Malheureusement, l’opération prend plus de temps que prévu. Quand l’armée française arrive enfin à Milan le 2 juin, c’est déjà trop tard. Le 4 juin, Masséna cède et Gênes tombe aux mains des Autrichiens. Napoléon doit revoir toute sa stratégie, quant aux Autrichiens, les voilà libérés du siège et prêts à concentrer toutes leurs forces pour repousser les Français.

Les jours suivants, la chance ne tourne pas en faveur du Premier Consul qui est berné par un agent-double. L’espion François Toli livre à Melas des informations stratégiques et la position des troupes françaises réunies à Marengo, une petite localité proche d’Alexandrie (Piémont). De son côté, Bonaparte cherche à deviner la position de l’armée autrichienne, en vain. À bout de nerf, le 13 juin, il se décide à envoyer deux corps militaires en reconnaissance : le général Desaix au sud avec entre 6000 hommes et le général La Poype au nord avec 3500 hommes… Grave erreur ! L’armée autrichienne n’était qu’à quelques kilomètres, cachée de l’autre côté de la Bormida.

Le lendemain dès 8h, Melas franchit la rivière et lance son attaque. Jusqu’à midi c’est un combat acharné et les forces françaises résistent autant qu’elles peuvent, mais avec 22 000 hommes contre 30 000, elles déclinent irrémédiablement.

Dès que Bonaparte réalise la situation, il fait porter de toute urgence un message à Desaix : « Je croyais attaquer l’ennemi; il m’a prévenu; revenez, au nom de Dieu, si vous le pouvez encore ! »

Le général, de son côté, avait entendu la mitraille dès les premiers coups de canon. Il se doute qu’on aura besoin de ses hommes et stoppe net sa progression vers le Sud en attendant les ordres (selon les sources, il aurait même pris l’initiative de rebrousser chemin). Dans tous les cas, il est certain que sa réactivité et sa capacité à anticiper ont permis de gagner plusieurs heures sur son retour à Marengo. Quand il arrive enfin, il est 15h et la retraite a sonné pour l’armée française. Le commandant Melas a déjà quitté les lieux, certain que la victoire est assurée et épuisé par l’assaut après avoir eu « deux chevaux tués sous lui ». Il retourne à Alexandrie et s’empresse d’envoyer un message à Vienne avec l’annonce de sa victoire.

Bonaparte, désespéré, informe son général de la situation. Celui-ci ne se laisse pas décourager et répond : « Oui, la bataille est perdue, mais il n’est que trois heures ; il reste encore le temps d’en gagner une ! » Et sans en perdre davantage, il va de soldat en soldat, ranime leur volonté et leur patriotisme, enfourche son cheval et lance un assaut qui change le cours de l’Histoire. Les Autrichiens sont déjà en train de crier à la victoire, certains ont lâché leurs armes, les rangs sont désordonnés et ils n’ont pas remarqué l’arrivée des renforts, ni le rapide mouvement des troupes françaises. L’attaque surprise est implacable et met très vite l’ennemi en déroute. Le zélé général Desaix, à qui l’on doit la victoire, n’a pas le temps de la savourer : à la première décharge, il s’effondre, touché d’une balle en plein cœur…

Le soir, après la bataille, on raconte que Napoléon réclama un repas spécial à son cuisinier pour fêter la victoire, celui-ci imagina une nouvelle recette : le poulet Marengo.

Retrouvez cet article dans le hors-série du Point « 50 phrases cultes et drôles de l’histoire » (février, mars, avril 2015).

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