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novembre 13, 2017

« Le tireur est là. Il arrose tout ce qui bouge, tout ce qui rit, tout ce qui vit. »

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Hugues, survivant des attaques du 13 novembre 2015 à Paris, a accepté de me livrer son témoignage. L’une des interviews les plus bouleversantes que j’ai eu l’occasion de réaliser.
Deux ans après les évènements, jour pour jour, le HuffPost met son portrait, illustré par le talentueux Quentin Houdas (photo de couverture), à l’honneur.

« C’était une de ces journées un peu molles où on n’a envie de rien, on l’on se sent vaguement déprimé sans savoir pourquoi. Le soir venu, ma copine, Alex, m’annonce qu’elle va passer la soirée avec une amie qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps. J’en profite pour relancer un pote, avec qui je devais prendre un verre depuis plus d’un an, mais à chaque fois je repoussais.

Nous prévoyons donc de passer cette soirée avec nos amis respectifs. De mon côté j’ai rendez-vous avec Jack à 20h30 place de la République, à deux pas de chez nous. « Je ne rentrerai pas tard », je le préviens, « je passe mon permis moto à 8h demain matin! »

C’est une soirée très douce pour un mois de novembre… J’ai beau habiter là, je n’ai pas mes habitudes dans ce quartier, alors on va un peu au hasard. On hésite entre plusieurs bars tout en marchant, puis nous nous arrêtons devant Le Carillon. On se pose au comptoir et on commande chacun une pinte.

21h23, le tireur est là. À l’angle de la porte avec sa kalachnikov, il arrose tout ce qui bouge, tout ce qui rit, tout ce qui vit. Tout le monde plonge au sol. Les déflagrations, tellement fortes, vibrent en moi, et l’odeur empoisonne la respiration. Couché au sol, en position fœtale, j’ai un bras replié sur mon ventre et l’autre au-dessus de la tête pour me protéger. La main posée sur ma tempe réduit mon champ de vision; je ne vois que le sol, les gens couchés, et ceux qui tombent. Je baisse les yeux à l’instant où je vois ma main qui explose. La douleur est fulgurante.

C’est fini. Ce qui frappe c’est d’abord le silence, suivi juste après de cris de douleur et de panique. Ma main droite est déchiquetée. La balle l’a traversée et elle est ressortie de l’autre côté. J’ai juste eu le temps d’apercevoir l’étincelle sur le carrelage. Au même moment, je vois couler du sang sur mon t-shirt. Je le soulève: il y a deux trous sur ma poitrine… focalisé sur ma douleur à la main, je n’ai rien senti. Je crie « je suis blessé ! » et une voix me répond « Tout le monde est blessé !! » (…)

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