Littérature

septembre 10, 2012

Le meilleur de Haruki Murakami

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Petite sélection des grands crus murakamiens…

Millésime 1982 : La Course au mouton sauvage

Les deux premiers tomes de la Trilogie du Rat « Écoute le chant du vent » et « Le Flipper de 1973 » n’ayant pas été traduits en français, c’est avec le troisième, La Course au mouton sauvage, que Murakami s’est frayé un chemin vers nos contrées dans les années 1990. On y remarque cette distorsion de la réalité qui caractérisera le reste de son œuvre. Le narrateur, trentenaire divorcé, dont la vie s’écoule au rythme de ses addictions, semble être un avatar de la médiocrité. « Tout le monde cherche à échapper à l’ennui, dit-il, moi j’aspirais à m’y installer. » Il est emporté dans une aventure rocambolesque sur les traces d’un ovin aux pouvoirs dangereux. « Toute votre histoire est à dormir debout, tant elle est absurde, mais à l’entendre de votre bouche elle a comme un goût de vrai. » Le lecteur pourrait en dire autant.

La Course au mouton sauvage, traduit du japonais par Patrick De Vos, éd. Points, 378 p., 7,60 euros.

 

Millésime 1999 : Les Amants du Spoutnik

Spoutnik signifie « compagnon de voyage » en russe. Pourquoi nommer ainsi un satellite qui errera seul face à l’infini ? Il en est de même pour les relations humaines, selon Murakami : nous avançons individuellement, traçant notre route dans l’univers et nous croisant parfois, mais sans jamais parvenir à nous unir. Les Amants du Spoutnik évoquent la vision platonicienne de l’amour comme recherche désespérée d’une impossible fusion. On pense aussi à l’Andromaque de Racine : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, lequel aime l’héroïne, inaccessible dans le deuil de son époux. Ici, le narrateur est épris de la jeune Sumire, qui se consume pour une femme de dix-sept ans son aînée, Miu, laquelle a perdu tout désir depuis qu’elle a vécu ou peut-être rêvé un traumatisme. Contrairement à nombre d’autres romans de Murakami, ces Amants funambules évoluent avec aisance sur l’étroite frontière du réel, sans jamais basculer vraiment dans le merveilleux.

Les Amants du Spoutnik, traduit du japonais par Corinne Atlan, éd. Belfond, 270 p., 18,60 euros.

Millésime 2002 : Kafka sur le rivage

La vie est une métaphore, semble dire Murakami, tandis qu’il nous raconte ces aventures d’un garçon d’une quinzaine d’années, en quête de son identité. Avant de s’enfuir de chez lui, il prend le nom de Kafka, pseudonyme qui sied bien à ce sombre personnage perdu dans un univers labyrinthique. Il croise différentes figures – peut-être métaphoriques, elles aussi – qui vont le guider dans sa quête. À quelques rues de là, le vieux Nakata, dont l’esprit est aussi clairsemé que l’ombre, se sent investi d’une mission qui le conduira jusqu’à la frontière de ce monde. C’est un Oedipe revisité, « murakamisé » pourrait-on dire, que nous offre ce roman-fleuve héraclitéen. Il coule tranquillement, irrémédiablement vers sa chute en laissant surgir les unes à la suite des autres des images poétiques ou cruelles, telles les paroles de cette rengaine fredonnée par la douce Saeki : «Les doigts de la jeune noyée/ cherchent la pierre de l’entrée./ Elle soulève le bord de sa robe d’azur/ et regarde Kafka sur le rivage.»

Kafka sur le rivage, traduit du japonais par Corinne Atlan, éd. 10/18, 638 p., 9,60 euros.

 

Millésime 2007 : Autoportrait de l’auteur en coureur de fond

Dans l’exercice de l’écriture comme dans celui de la course à pied, on ne se bat que contre soi-même. Murakami se soumet à l’un et à l’autre avec la même rigueur méthodique depuis trente ans. Chaque jour, l’auteur se lève à l’aube, puis s’installe à sa table de travail jusqu’à midi. Le reste de la journée est consacré à l’exercice physique, jusqu’au soir où il ne veille jamais après 21 heures. Une vie ascétique qui lui permet de sculpter implacablement, son corps et sa plume. La course, plus qu’un simple loisir, « finit par se transformer en un acte qui tient de la méditation. », quant à l’écriture, elle nécessite la même « régularité dans l’effort ». Murakami, qui pendant tant d’années a puisé dans la course la force d’écrire, se devait bien de rendre un hommage littéraire à ce sport. « Ecrire franchement sur le fait de courir, c’est, je crois, également écrire franchement sur moi-même en tant qu’homme. »

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, traduit du japonais par Hélène Morita, éd. Belfond, 180 p., 19,50 euros.

A lire : le dossier sur Murakami dans le numéro 522 du Magazine Littéraire (juillet-aout 2012)

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