Divers, Reportage

juillet 20, 2012

La Main ne meurt jamais

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Le soleil se couche sur la capitale et un petit groupe se serre sous un porche camouflé par les arbres du square de l’Amérique Latine, porte de Champerret. Il fait frais en cette fin mars et une pluie fine humecte l’atmosphère depuis le matin. Un homme ouvre la porte et nous invite à descendre les quelques marches qui marquent l’entrée de la Main Jaune.

Vous connaissez la Main Jaune. Si, si, souvenez-vous : Sophie Marceau s’élançant sur la piste de danse d’une boîte de nuit, rollers aux pieds, paillettes au corps. La Boum de Claude Pinoteau. Vous y êtes ? C’était là… Depuis, cette discothèque mythique a fermé ses portes. Cela faisait une dizaine d’année que personne n’y avait mis les roulettes, mais il y a quelques mois, une petite troupe de squatteurs a décidé de prendre possession du lieu.

Depuis sa réouverture non-officielle, l’ancienne boite de nuit accueille des artistes de tous poils : danseurs, performeurs, stylistes, tatoueurs, peintres et sculpteurs, mais aussi des sportifs – on peut par exemple y croiser les filles déchaînées de l’équipe locale de Roller Derby. Peu dorment sur place, mais durant la journée le lieu est vivant et propice à la création.

Les squatteurs ont eu la bonne idée de laisser les choses en l’état, en dehors d’un petit rangement qui s’imposait. On peut donc visiter les lieux tels qu’ils étaient lors des grandes années du disco et du funk. La discothèque avait été inaugurée en 1980 et décorée par Philippe Starck, elle était ouverte en journée aux amateurs de rollers et la nuit aux fêtards. On y a vu rouler des grands de ce monde. Outre la petite Marceau, on raconte que Gainsbourg y a rencontré son dernier amour, Bambou.

Menacés d’expulsion, les occupants organisent régulièrement des évènements culturels ou festifs pour faire connaître le lieu et montrer l’intérêt de leurs activités. En plus de quelques expositions, et de soirées roller-disco, La Main a mis en scène son propre spectacle, montré pour la première fois au public dans le cadre de l’animation « Paris Face Cachée » (organisée par la ville de Paris), et rejoué régulièrement depuis, fort de son succès. Les squatteurs espéraient par ce biais informer et sensibiliser le public quant à leur situation, tout en mettant à profit leurs talents et révélant le lieu sous son meilleur jour.

C’est à cette occasion que l’on se retrouve à descendre lentement, en cette soirée timide de printemps, les quelques marches qui s’enfoncent dans le ventre du monstre. Descente aux enfers ou petit paradis des sous sols ? Le spectacle qui se déroule ici est à la fois fascinant et terrifiant. Dans le hall d’entrée en rotonde, un jeune homme à la silhouette élancée, surmontée d’un haut de forme est assis sur le guichet où l’on payait à l’époque l’obole pour accéder à la piste de danse. Sur ses genoux repose un lapin blanc, symbole de notre entrée dans un autre univers. Et tout autour du public des vitrines éclairées exhibent de roses formes embryonnaires et mouvantes qui palpitent comme de petits cœurs encore chaud et vous fixent d’un œil vide. Débute alors un carnaval gargantuesque. Créatures mi humaines-mi animales, freaks en tout genre, magiciens, fous, courtisanes, danseurs, contorsionnistes, et jusqu’à cette burlesque femme à barbe. Tout a lieu sous le regard statique du pantin qui mène la foule derrière son pas saccadé. On y apprend l’histoire du lieu, sa première gloire, sa lente agonie et puis sa renaissance fulgurante. On y apprend aussi à entrevoir l’épée de Damoclès prête à trancher les cinq doigts de la Main. Et on rit jaune.

 

 

 

3 thoughts on “La Main ne meurt jamais

  1. artiste peintre en recherche de lieu pour créer, je serais intèressé pour peindre dans cette espace j’ AI PRIS CONTACT AVEC UN SCULTEUR QUE J’ AI CROISÉ DANS UN STRABUCK TEL 0699199602 paul henri raffalli

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