Littérature, Théâtre

novembre 14, 2010

La Contrebasse, Patrick Süskind

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Tout le monde connait Le Parfum, le chef-d’œuvre de Süskind, ou au moins sont adaptation par Tom Tykwer, dont on n’a malheureusement retenu guère plus que la scène d’orgie, qui a réussi à choquer (bêtement) en 2006.

Loin de toute atteinte à la pudeur, cet autre petit bijou du poète allemand, ne s’occupe que d’humour et de poésie. La Contrebasse, publié en 1981 (précédant de 5ans Le parfum), est un long monologue, où la passion et la solitude s’opposent en un duel sonore entrecoupé d’extraits de musique classique. De Brahms à Mozart en passant par Wagner et Schubert, on révise ses classiques avec ce contrebassiste, trentenaire, vieux garçon, un peu révolté, un peu résigné, mais surtout très seul. Et drôlement seul, car le sourire ne nous quitte pas tout au long de la lecture.

« Non vraiment, on ne naît pas contrebassiste. On le devient, par des voies détournées, par l’effet du hasard et de la déception. […] Une destinée de contrebassiste typique, c’est par exemple la mienne : un père dominateur, fonctionnaire, aucun sens artistique ; une mère faible, jouant de la flûte et passionnée par tous les arts ; l’enfant que j’étais idolâtrait sa mère ; ma mère n’avait d’yeux que pour mon père ; mon père adorait ma petite sœur ; et moi personne ne m’aimait…Je parle, subjectivement, bien sûr. Par haine pour mon père, je décidai de n’être pas fonctionnaire, mais artiste ; mais, pour me venger de ma mère, je choisis l’instrument le plus grand, le plus encombrant, le moins fait pour jouer en solo ; et pour la vexer quasi mortellement, tout en faisant un pied de nez à mon père dans sa tombe, voilà que je deviens tout de même fonctionnaire : contrebassiste à l’Orchestre National, troisième pupitre. Et là, jour après jour, je tombe à bras raccourcis sur le plus grand des instruments féminins (je parle de sa forme) et, par contrebasse interposée, je viole ma propre mère. Et ce perpétuel coït symbolique et incestueux est bien sûr un désastre moral perpétuel. Ce désastre moral, il est inscrit sur le visage de tous les bassistes. Voilà pour l’aspect psychanalytique de cet instrument. »

Imaginez ce texte, interprété par Villeret, à Paris dans les années 90 !

 

Patrick Süskind, La Contrebasse, Fayard, 1989, p. 36-37.

4 thoughts on “La Contrebasse, Patrick Süskind

  1. C’est cool que tu es enfin concrétisé ce blog, je trouves que tu as une façon d’écrire agréable, ça donne envie de lire la suite, ce qui est, en général, une bonne chose pour une critique littéraire ^^ . Bon courage pour la suite de ce blog =) .
    Lotte

  2. J’avais lu « le pigeon » et « le parfum », mais je ne connaissais pas « la contrebasse ». Merci! Je vais remédier à cela, ma fille de 14 ans jouant de cet immense instrument depuis presque 2 ans.

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