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octobre 29, 2013

Je suis la marquise de Carabas : Généalogie de bois

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Lucile Bordes - Je suis la marquise de Carabas
Lucile Bordes – Je suis la marquise de Carabas

De la dynastie des Pitou, l’auteur ne savait rien ou presque, avant le décès de son grand-père : Émile Pitou, dernier marionnettiste d’une prestigieuse lignée. Sur son lit de mort, il raconte : la roulotte, la route, les pantins de bois et puis l’arrivée du cinéma et la déchéance du Grand théâtre Pitou. Lorsqu’il s’est résigné à vendre – traitre à son sang –, il a rompu avec son passé et n’a plus jamais évoqué les marionnettes.

Lucile Bordes s’empare de cette histoire familiale hors du commun pour nourrir son premier roman. Dans un style simple et léger, ne crachant pas sur l’argot, elle remonte le temps jusqu’à ce jour de 1850 où Auguste Pitou, garçon épicier, supplie le tenancier du théâtre Chok de l’emmener avec lui sur les routes. Il y apprend l’art des pantins, la liberté et l’amour, épouse la nièce de Chok et fonde la première génération d’une longue lignée de saltimbanques. Nous suivons ses pérégrinations et celles ensuite de son fils, Émile premier du nom, des enfants d’Émile : Paul et Clémentine, et du fils de Clémentine : Émile, deuxième du nom, le Grand-père de l’auteur.

Sur les chemins de France nous vivons la succession des guerres : 1870, 1914, 1939 et l’évolution des techniques du théâtre, qui se perfectionne avec le renouvellement des générations : amélioration du contrôle des marionnettes, peintures de décors somptueux, puis rapidement, le développement d’une machinerie de plus en plus complexe et enfin, l’arrivée du cinéma qui signe l’arrêt de mort du Théâtre Pitou, après un dernier soubresaut : quelques années fastes où la famille tient un cinéma muet et s’amuse à créer les bandes-son en coulisse.

Lucile Bordes cherche à comprendre le silence de son Grand-père, en le rompant, en redonnant la parole à ces ancêtres. Elle parvient ainsi à leur offrir la mémoire à laquelle ils n’ont pas eu droit.

  • Je suis la marquise de Carabas, Lucile Bordes, éd. Liana Levi, 140 p., 14, 50 euros.

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