Littérature

mars 10, 2013

Fred Vargas, à tombeau ouvert

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Un lieu incertain, Fred Vargas, rééd. Le Livre de Poche, 2010
Un lieu incertain, Fred Vargas, rééd. Le Livre de Poche, 2010

Connue pour mêler la grande histoire aux petites histoires de la Criminelle de Paris, Fred Vargas confronte subséquemment son commissaire Adamsberg, affligé d’une mémoire volatile, à une pesante et persistante mémoire collective.

Avec Un lieu incertain, paru en 2008, la romancière-archéologue franchit la frontière du fantastique en s’attaquant au mythe du vampire. Toutefois, plus que les pouvoirs de la créature, elle exploite celui des croyances populaires, la peur qu’elles engendrent, voire la folie qui en découle.

Parfois, les légendes font l’histoire, quand elles inspirent des crimes – en l’occurrence, ici, des meurtres suivis par la destruction méthodique de chaque partie du corps, avec une insistance sur le coeur, le cerveau et le foie, ainsi que les dents broyées une à une et dispersées, comme le reste des entrailles. Une boucherie qui éclaboussera toute l’Europe, jusqu’au tréfonds de la Serbie, à Kisilova, petit village tout proche de la frontière roumaine. Kisilova où vécut puis mourut, puis dit-on revécut, Peter Plogojowitz, le tout premier « vampire » recensé. « Il y a de tout dans la tête de l’homme », nous dit Adamsberg. Dans la sienne il y a surtout les vers de Nerval qui opèrent comme une formule magique pour passer un instant de l’autre côté du miroir – « Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé… » – mais sans jamais trop s’éloigner de la rationalité policière. Le roman de Vargas propose dès lors un traitement du vampire qui refuse les figures imposées : à peine sont évoqués de temps à autre un pieu, une gousse d’ail… On découvre toutefois qu’il existe plusieurs sortes de vampiri, dont les « mâcheurs » inoffensifs – si tant est qu’on retourne leur corps vers le sol, ne les laissant dévorer que la terre sous eux. On apprend également que l’on peut supprimer le vampire sans forcément l’attaquer au coeur (incinération, décapitation…). Le plus important est d’empêcher l’immortel de marcher, et pour cela le plus simple reste encore de lui trancher les pieds.

Retrouvez cet article dans le n°529 du Magazine Littéraire (mars 2013)

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