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juin 21, 2012

Enquête : Littérature 2.0 – les auteurs face aux réseaux sociaux

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Comment, sur le Web, les auteurs utilisent les réseaux sociaux comme un laboratoire textuel.

« Tout texte est un intertexte », disait Roland Barthes, reprenant l’idée que Borges développait dans sa « Bibliothèque de Babel » d’une littérature infinie et en constante mutation, mais s’inspirant sans cesse d’elle-même. Ainsi, la littérature sous toutes ses formes n’apparaît-elle pas déjà comme un immense réseau ?

À la naissance d’Internet, les adeptes de ces théories se sont enflammés : il faut passer de l’intertexte à l’hypertexte ! clamaient-ils, travaillant d’arrache-pied à d’interminables fictions interactives et modulables grâce à ce nouvel outil magique qu’était le lien hypertexte… Progressivement, se sont développés des supports pour abriter ces embryons de la Web littérature (car l’on ne se débarrasse pas aussi facilement de notre vieux besoin de matérialité): Sites Internet, puis blogs d’auteurs et de lecteurs ont fleuri comme pâquerettes. D’ores et déjà, le réseau était en place. Il s’est perfectionné, jusqu’à atteindre cette forme particulière que sont les réseaux sociaux aujourd’hui : ultime mode d’expression et de communication interpersonnelle. En outre, ces réseaux où l’on se regroupe par affinités et centres d’intérêts, font office de filtres face à cette profusion et cet immense embrouillamini que nous impose Internet. Du feu prométhéen, masse informe et brûlante de toutes les connaissances, arriverait-on, petit à petit, au regard classificateur d’une encyclopédie ? En tout cas, les réseaux ont une fonction indéniable de « catalogue » de cette bibliothèque de Babel qu’est le Net.

Nous réseautons, vous réseautez, ils réseautent…

Il est nécessaire ici, de recadrer un peu nos propos. Comme toute chose sur la Toile, le concept même de réseau social s’est développé de manière rhizomatique. Après Myspace, sont arrivés Facebook et Twitter, puis Google + et les réseaux professionnels : Viadeo et autre Lindelink et enfin, les réseaux spécialisés (on relèvera dans notre domaine Babelio, dédié à la critique littéraire). Pourtant, les plus intéressants à observer ne sont pas forcément les plus pointus sur la question littéraire, mais au contraire les plus populaires : Facebook et Twitter, bien entendu.

Le succès ne laisse personne indifférent et ces deux réseaux sont autant haïs qu’ils sont adorés. Ainsi, Jonathan Franzen — connu pour sa technophobie, avait d’abord fustigé Facebook avant de s’en prendre plus récemment à Twitter, ce réseau « indiciblement irritant ». Le Guardian lui attribue ces propos : « Twitter représente tout ce à quoi je m’oppose. Il est difficile de décrire des faits et de développer un argument en seulement 140 caractères. […] C’est comme écrire un roman sans la lettre ”P”… » Un roman auquel il manquerait une lettre ? Disparition ridicule, indubitablement…

Dans sa croisade contre la littérature des réseaux, il est rejoint par Yann Moix pour qui la vision tentaculaire du présent que véhiculent Twitter et Facebook empêche de se tourner vers l’avenir. (Mais rejeter ces nouvelles formes le permet-il ?) Il leur reproche également de développer « Cette maladie qui consiste à concevoir l’écriture, non comme le lieu possible d’une parole, non comme le lieu d’une parole possible, mais comme une étendue infinie de bavardage. »

Il est vrai que le réseau renvoie au social et l’on a, encore aujourd’hui, quelques réticences à accorder à l’écrivain une quelconque vie sociale, encore moins sur les réseaux ! Les auteurs, pour mériter le droit de s’enorgueillir sur leur statut, se doivent de vivre isolés, maudits et solitaires. Image désuète, mais qui a étonnamment la dent dure en ces temps d’ultra médiatisation.

Lire la suite de l’article sur Le Magazine Littéraire

Lire aussi les autres composantes de l’enquête :

 » La littérature est une construction rétrospective « , interview de François Bon, écrivain et éditeur numérique

 » Il faut être absolument moderne « , l’avis d’Olivier Steiner écrivain.

 » On assiste à une hyper-démocratisation de la littérature « , rencontre avec Alexandre Gefen, critique et universitaire

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