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août 7, 2014

Deux poches pour les vacances

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Capture d’écran 2014-09-13 à 11.03.58Rêve général, Nathalie Peyrebonne, libretto, 128 p., 7, 70 euros.

Quelque chose ne tourne pas rond ce matin. Le footballeur n’a pas tapé dans le ballon, qui était si près du but ! Le premier ministre ne s’est pas levé, pour la première fois de sa vie. Le prof de 4e3 a planté ses élèves et la conductrice du métro abandonné sa rame pour prendre l’air un moment.

Une faille dans le système, fêlure indétectable, remet en cause l’intouchable Valeur Travail et fendille un quotidien trop bien installé : ce « contexte obèse qui nous bouche la vue ». Le monde ouvre les yeux, tout d’un coup, et au premier jour de sa lucidité, il peut enfin se mettre à rêver.

Dans ce premier roman, Nathalie Peyrebonne joue sur la sonorité joyeuse des mots simples, et met en scène une révolution tranquille, sans violence, ni revendications. Elle parvient à nous faire sourire et réfléchir tout à la fois, et nous rappelle aussi qu’il suffit parfois de regarder autour de soi pour croiser un regard complice et tuer la solitude.

Rêve général, fable généreuse et pétillante, ouvre une fenêtre, le temps d’une respiration et nous exhorte gentiment à nous arrêter, dire « pouce ! », prendre du recul et se demander si la vie que l’on mène est bien celle que l’on a choisie. Si non, qu’attend-on pour en changer ?

 

Capture d’écran 2014-09-13 à 11.04.28N’aie pas peur si je t’enlace, Fulvio Ervas, Piccolo, 272 p., 10,50 euros

L’autisme enferme ceux qui en souffrent, dit-on, dans une bulle hermétique, loin des autres. Pourtant Andrea recherche sans cesse le contact physique, à tel point qu’enfant, ses t-shirts indiquaient en grosses lettres : « n’aie pas peur si je t’enlace ». En vain. Andrea fait peur, ses comportements décalés, ses baisers impromptus et sa manière de palper le ventre des filles en guise de présentation font fuir. Le jeune homme en quête de contacts humains se retrouve seul, toujours.

« Andrea veut guérir », répète-t-il. Désemparé face au mal-être de son fils, Franco Antonello décide de l’emmener faire une longue virée à travers les Amériques du Nord et du Sud. Contre l’avis de tous, médecins, enseignants et proches : « les enfants autistes ne sont à l’aise que dans les situations prévisibles, ils aiment la routine, les habitudes, et ne tolèrent pas le changement… ». Peut-être, mais ils ont aussi besoin de liberté ! Ils partent donc entre hommes, père et fils, à l’aventure sur la route soixante-six, et chevauchent pour l’esbroufe une Harley Davidson. Ils n’ont besoin de personne.

L’auteur italien Fulvio Ervas, connu pour ses romans policiers, s’est laissé émouvoir par le témoignage de Franco Antonello. Après plus d’un an de travail et d’entretiens, il nous transmet son histoire à travers un texte sincère, étrange et beau, déformé par la terrible poésie de l’autisme. De la plage de Miami, à la forêt Amazonienne, en passant par Las Vegas et le désert du Nouveau-Mexique, le périple s’étire au gré des jours et des rencontres, indéfiniment, et nous entrouvre la porte d’un pays encore plus mystérieux : l’autisme aux contrées inexplorées.

Retrouvez ces articles dans la sélection Poches du Magazine Littéraire (n°544 – juin 2014)

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