Théâtre

novembre 19, 2010

Dernière station avant le désert, Lanie Robertson.

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Lanie Robertson est un bien étrange personnage. Dépassé par sa propre écriture, il a fuit le succès de sa première pièce en s’exilant au Venezuela. Là bas, il a tenté de réprimer son besoin d’écrire en se consacrant à un travail manuel. Mais il a finit par accepter la portée de son œuvre, ou simplement réalisé qu’il ne pouvait pas lutter contre lui-même. Il vit maintenant de son écriture et connait à New York une renommée internationale.

 Toutefois, la success-story tourne court dès les premières représentations de Dernière station avant le désert,  qui fait polémique au point que notre petit génie doit quitter le pays, ayant reçu des menaces de mort…
Mais qu’a donc cette pièce pour soulever ainsi la controverse ?

 

Tout commence dans un décor sobre, un bar, un billard, deux ou trois chaises et au mur une enseigne clignotante : « station ».
Au comptoir un homme, vieillissant, ivre et triste compte les malheureuses pièces du fond de caisse en pleurant l’absence de clients. En face et lui tournant le dos, sa femme, bien plus jeune, jolie, un tantinet vulgaire, agite sa poitrine abondante devant un ventilateur, en arguant « Mais tu t’attendais à quoi ? ». Entre eux, un jeune éphèbe à l’air hagard s’acharne à « remplir les blancs » de ses mots croisés. Il faut dire que des blancs, il en a plus d’un à remplir. Ancien combattant traumatisé par l’horreur de la guerre du Vietnam, Clansy ne se souvient plus vraiment comment il est arrivé là. Dans cette station paumée, avec ce couple « d’américain normaux », comme le répète Sally pas totalement convaincue elle-même.
Entre ces trois personnages se nouent des relations de vaudeville : amourettes, tromperies, réconciliations, jusqu’à la tentative de meurtre. Car cette station service est elle-même un désert. Huis clos sans clefs où l’on cherche en vain son chemin, son passé ou son avenir.
Arrive la controverse, quand au milieu de tout ça débarque l’armée, redessinant en quelques minutes un tout nouveau théâtre. Le commandant remanie la scène à sa guise, chamboule tout et tout le monde et repart comme si de rien n’était.
Et cela suffit pour accuser : L’auteur critique l’état et l’armée ! Il doit partir ou mourir !
Amérique, Ô Amérique, pays de la liberté…

Au-delà de l’intérêt politique et du message moral, que penser de cette pièce ?
Criarde, vulgaire, les critiques vont bon train. Mais c’est à mon avis le ton juste, car c’est celui qui nous surprend et qui nous touche. Il nous fait sourire, nous permet du recul et nous laisse mieux voir le désespoir des personnages sans besoin de monologues larmoyants.
On lui reproche enfin sont côté « cinéma », avec des bruitages, des effets visuels et un jeu sans outrances. En effet, les acteurs n’ont pas l’air de jouer pour nous. Jamais ils ne nous regardent, s’adressent à nous. Non, ils ne sont qu’entre eux, enfermés et seuls. Ils se regardent, ne parlent qu’entre eux et parfois même nous tournent le dos. Nous assistons à la scène comme des voyeurs. Cachés derrière nos fauteuils, on surprend cette solitude sans pouvoir y entrer car enfin, ne finit-elle pas où commence le contact et la communication ?

Dernière station avant le désert, Lanie Robertson
au Théâtre du Petit Saint Martin, Paris, mise en scène de Georges Werler.

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