Divers, Musique

juin 3, 2012

De Leonard à Cohen

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À 77ans, Leonard Cohen sort un nouvel album. Old Ideas est son 12e disque et le premier enregistrement en studio depuis huit ans. Un événement, donc, pour le monde de la musique, pour qui le « dandy ténébreux » est depuis longtemps déjà un grand nom.

Cohen est musicien, mais aussi poète et romancier. Son œuvre musicale emprunte beaucoup à la littérature. Les paroles y sont particulièrement travaillées, poétiques, et le rythme joue sur les hémistiches et les césures comme l’aurait fait un Rimbaud. Dans ses premiers albums, Leonard Cohen se situait aux frontières de la musique folk et déjà il mettait l’accent sur sa belle voix grave. Avec le temps, celle-ci s’est affinée, « aggravée » encore, jusqu’à devenir cette voix de basse, profonde et sépulcrale qui sublime Old Ideas. Son style s’est précisé dès les années 80 où il s’ouvre à une musique plus hétérogène, empruntant à la pop, au jazz et au gospel. C’est lors de cette période qu’il adopte le synthétiseur et les chœurs féminins qui contrastent avec sa voix si basse.

Quand Cohen s’adresse à Leonard

La pochette de l’album le présente nonchalamment assis dans une chaise de jardin, prenant le soleil sans toutefois s’être départi de ses sempiternels costume et chapeau. Le regard tourné vers nous, mais voilé par d’épaisses lunettes noires. Pourtant, une ombre étrange domine la scène, silhouette aux formes vaguement féminines, fantôme du passé de cet « homme à femmes », qui ancre d’emblée l’album dans une tonalité nostalgique. D’ailleurs, on y retrouve les thèmes récurrents de l’œuvre de Cohen : la religion, la solitude, la sexualité, la complexité des relations humaines…  Empreint d’une grande sobriété et de beaucoup d’ironie, Old Ideas se présente comme un dialogue entre le chanteur et son double, peut-être celui qu’il était et qu’il n’oublie pas, même si ce « Leonard », n’est qu’un « lazy bastard living in a suit » (un enfoiré de flemmard en costume).

Dix morceaux, dix instants de grâce

Si l’on retrouve les chœurs et le violon de ses précédents travaux, la voix est ici transfigurée. Comme si Cohen avait atteint l’apogée de son art, sa parole prend des teintes prophétiques et des nuances caverneuses. « Going home to where it’s better than before », entonne-t-il pour commencer, et l’on sait déjà qu’il nous emmène tout droit vers ce lieu réconfortant… Les titres se succèdent dans le même esprit, penchant tantôt vers le vieux rock, tantôt vers la soul ou le jazz. Ainsi, « Darkness » impose son rythme binaire avec une guitare électrique et une batterie surmontées de quelques accords de piano, « Come Healing » met l’accent sur les chœurs et donne un air d’église à cette nouvelle chapelle que bâtit Cohen. Enfin « Different Sides », le dernier morceau où les orgues côtoient batterie et basse, évoque une sorte de bouquet final, interrompu seulement le temps d’un solo de piano. Comme son nom l’indique, Old Ideas ressasse de vieux souvenirs, il n’en est que plus beau.

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