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août 27, 2013

Day off au festival d’Aurillac

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Aurillac, c’est un peu compliqué. Comme au festival d’Avignon, il y a le « in » et le « off », mais comme on est pas « in » (et qu’on est fauchés), cette année on a décidé de se consacrer entièrement à la partie off du festival.

Petit frère rebelle d’Avignon, le festival international de théâtre de rue d’Aurillac est souvent considéré comme une manifestation à la fois moins institutionnelle et plus libre, dans le ton et dans les formes. C’est ce dont nous attestons, après avoir traversé le temps d’une journée, cette bulle de folie et de poésie en plein cœur du Cantal.

10h : On commence doucement

Nous sommes vendredi, le festival bat son plein depuis déjà deux jours et la ville a la gueule de bois. A dix heures tout le monde dort encore, beaucoup à même le trottoir. Le plus important dans l’immédiat c’est de prendre café, la fête pourra recommencer plus tard. En terrasse, les festivaliers étudient le programme du jour et nos voisins de table tournent déjà à la bière. On surprend des conversations étranges : « eh ! toi aussi tu t’es fait dessiner sur la gueule ? – ouai, je m’en suis rendu compte ce matin en me regardant dans la glace. » …

11h30 : La tête dans les nuages

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Après le petit déjeuner et un rapide tour de repérage, nous nous dirigeons vers le jardin des Carmes où doit avoir lieu le premier spectacle de notre sélection personnelle. On ne sait guère à quoi s’attendre, il faut dire que le programme n’est pas bavard : « La voile. Cirque aérien dansé » est-t-il précisé, ainsi que le nom de la compagnie « Etoile de mer ». Notre curiosité ne sera pas déçue.

Au centre du parc, trône un arbre centenaire dont les branches massives sont ceinturées de cordages, à ses pieds un homme semble perdu. Regard au loin et vêtements déchirés : c’est le marin adossé au mât de son navire, qui scrute l’océan infini. Il se retourne, hisse la voile, et nous voilà emportés dans les airs. Le corps musculeux s’allège soudain, se fait vent dans les voiles. L’homme devient l’oiseau planant autour du mât. Il danse, virevolte, chute et se rattrape de justesse, s’enroule pour remonter et tangue au rythme d’une mer invisible.

13h : Fanfaronnons ! 

Un peu étourdis, nous reprenons notre chemin parmi les ruelles aurillacoises. Au milieu des costumes et des rires, le plus surprenant reste la profusions d’affiches : il y en a partout, sur les murs, les statues, les poubelles, dans les arbres et sur les gens eux-mêmes. Une joyeuse propagande qui laisse deviner le nombre impressionnant des représentations qui se déroulent ici, pendant ces quatre jours.

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Nous croisons un clown, nous arrêtons un instant devant une parodie de Cassandre (Cie Les compagnons butineurs), avant de nous trouver face à une scène étrange : une fanfare en désordre qui… chuchote.

Trompette et cor au plus bas, entonnent un rythme léger et irrégulier, une conversation de gamins au fonds de la classe, un appel malicieux et cuivré, comme pour dire : « eh, toi ! Viens voir ce qui se passe par là ! ». Et cela fonctionne, les passants, intrigués, s’approchent, tandis que la troupe s’éloigne pas à pas. On s’approche, ils s’éloignent, on s’approche, ils s’éloignent. Ok, les gars. On a compris, on vous suit ! Et c’est parti pour une visite guidée du quartier, à la fois muette et bien sonore. Les joyeux lurons se font appeler Rhinofanpharyngite : leur bonne humeur est contagieuse.

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16h : Fais ta valise, chérie ! 

Après avoir goûté sans grande conviction la truffade (sorte de raclette au cantal), et croisés bon nombre de phénomènes de foire, images à l’appui ci-dessous. Nous assistons à une démonstration pittoresque. Dans le théâtre d’une caravane éventrée, une créature androgyne est visiblement incertaine quant à la destination de ses prochaines vacances. « La caravane des valises », de la compagnie Le théâtre des monstres, nous montre le contenu des malles entassées dans l’espace réduit du véhicule, nous faisant découvrir chaque fois un nouveau tableau, paysage miniature, ou accumulation d’objets insolites.

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17h : A la découverte des choses cachées

Une fois toutes les valises bouclées, il est temps de s’aventurer dans le « Village des choses cachées ». Ambiance foraine retro, entre les trois caravanes et le bar qui composent le village. Suzanne, la femme juke-box, nous accueille sans manières « vous, asseyez vous là, vous allez voir un ciné-concert. » Un peu bourrue, clope au bec et foulard dans les cheveux, la belle Suzanne en impose, alors on ne moufte pas et on s’assoit.

Pendant notre courte attente, nous épions ce qu’il se passe dans la camion d’à côté : un concert atypique bat son plein, intitulé « La délaissée » et composé par la compagnie Rue de la casse. La pancarte précise « Entresort sonore et visuel pour estafette et voyageurs rêveurs ». Le concept c’est d’utiliser les sons mécaniques de la voiture, couinement de l’air comprimé, grincement de tuyaux et claquement de moteur, pour en faire une création rythmique originale.

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Pas le temps de s’attarder : Arthur Delaval, notre projectionniste-musicien, vient d’ouvrir la porte de sa caravane et nous invite à entrer en ricanant derrière ses lunettes en cul de bouteille. Une dizaine de personnes s’entassent à nos côtés dans la caravane, bien au chaud les uns contres les autres, assis sur des banquettes de bois, nous attendons. Lui aussi, il attend, nous observe, sourit béatement. Promiscuité excessive et observation insistante, il n’en faut pas plus pour vous mettre terriblement mal à l’aise. Notre hôte jubile de satisfaction, puis, lassé du jeu, il s’installe et commence à jouer.

« Jouer » est bien le terme qui convient. Un robot mécanique, un piano en plastique, une pompe à vélo, tous ces petits bruits de l’enfance ajustés sur trois notes d’accordéons et qui accompagnent une animation poétique de Damien Montaron. Une petite bulle de rêve dont le souvenir s’ajoute à ceux qu’elle vient de réveiller.

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La journée s’est poursuivie sur le même rythme, de découvertes en découvertes que nous ne pouvons pas toutes présenter ici. Du tango aux accents contemporains, un montreur d’ours en échasses, des acrobates qui font le mur, et enfin un splendide spectacle de danse offert par la compagnie Vendetta Mathea & co (dont on parlera plus en détail à l’occasion d’un prochain article)… Quelques heures dans un autre univers, un monde magique et hors du temps où les troubadours arpentent les rues pour le simple plaisir de nos cœurs.