Littérature

octobre 28, 2011

Dans un jour ou deux, Tony Vigorito

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La fin du monde, ça vous parle ?

En termes de dystopie, Tony Vigorito fait très fort en abordant la fin du monde et la destruction pure et simple de l’homme par l’homme. Mais ne vous méprenez pas, Dans un jour ou deux n’a rien de dramatique. C’est au contraire une histoire pleine d’humour et de joie de vivre qui nous rappelle ce qui est réellement important et ce qui l’est moins.

Tandis que le gouvernement des États-Unis vient de mettre au point une nouvelle arme de destruction massive, le docteur Flake Fountain est recruté pour une mission top secrète (cela va sans dire) : l’élaboration d’un antidote. Sait-on jamais, le très vicieux et virulent virus pourrait vraisemblablement se retourner contre son créateur…

Bien tenté par la récompense et l’idée vague de sauver l’humanité. Fountain part à la découverte du fameux « virus du joueur de flûte » dont l’action principale est de priver toute personne atteinte de ses capacités symboliques. De ce fait, plus de langage, plus de communication et rapidement, une incapacité totale de la société à s’organiser et à réagir en cas d’attaque. Le virus, développé par le CPCP (Comité Pour des Conflits Pacifiques) a pour but de mettre hors d’état de nuire des nations entières sans tuer (« directement ») un seul homme, en leur ôtant ce sur quoi est basée toute civilisation : la communication.

C’est dans un style enlevé et novateur que Tony Vigorito nous parle de la nécessité ou non du langage. Le sien est percutant, riche en métaphores, jeux de mots et autres passages entièrement rimés qui ont dû donner du fil à retordre au traducteur (lequel s’en est d’ailleurs plutôt bien tiré !).

Vigorito nous présente un premier roman achevé, à la fois spirituel et infiniment drôle, que l’on pourrait situer quelque part entre roman policier, conte philosophique et dystopie satirique… Il offre enfin une variation inattendue autour de l’arbitraire du signe, qui ne déplairait pas à ce bon vieux Ferdinand (de Saussure ndrl)

« Les mots sont à la fois malhabiles et faciles à manipuler. La communication est un processus indirect et opaque où les véritables intentions et sens sont invisibles. C’est ce qui permet la tromperie. Si la communication était un processus direct et transparent, c’est-à-dire empathique, nous échangerions nos points de vue de façon immédiate et sans disputes. Les intentions ne seraient jamais mal comprises. La méfiance, la tromperie ou la désintégration du sens seraient alors impossibles. C’est pourquoi j’affirme que le virus du Joueur de Flûte ne détruit pas la capacité à communiquer, car les humains ne la possèdent guère à l’origine. Si nous la possédions, il n’y aurait jamais de désaccord, d’incompréhension, de guerre. Cette grande stupidité est l’expression d’une démence mutuelle, d’une idiotie abstruse, d’une impossibilité à entrer en empathie avec le vécu des autres. Le langage ne fait qu’aggraver les choses en nous permettant de manipuler nos perceptions du monde, les nôtres comme celles des autres. A mon ais, le Jour de Flûte nous libère de ce bandeau qui nous masque les yeux. Ces illusions disparues, les esprits mis à nu les uns pour les autres ne peuvent plus être en désaccord. La communication parfaite ne peut aboutir qu’à la perception parfaite. » (p. 292)

Tony Vigorito, Dans un jour ou deux, éditions Gallmeister,
traduction Jacques Mailhos, 2011.

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