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avril 14, 2012

Crumb : de l’underground à la Genèse

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Le dessinateur américain Robert Crumb fait l’objet d’une rétrospective au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, du 13 avril au 19 août 2012.

Obsédé, Robert Crumb avoue l’être par les femmes au-delà de tout le reste : « Je suppose que la musique est la chose la plus importante dans ma vie après les femmes, concédait-il dans une interview accordée à Chronic’art, C’est même pour moi encore plus important que l’art. » Dès ses débuts, le monde du dessinateur est peuplé de créatures fortes et plantureuses, d’une sensualité terrienne et toujours offertes (felliniennes à bien des égards), face à des hommes souvent malingres, hors d’eux et fébriles, la bave aux lèvres – derrière lesquels transparaît un autoportrait volontairement outré. Et sans doute ne sert-il à rien de trancher entre cette fascination et le dessin de Crumb, tant ils sont consubstantiels. C’est parce qu’il ne voulait laisser échapper aucune once du corps féminin, c’est en proportion de la lubricité de ses saynètes fantasmées que Crumb a raffiné son trait, si particulier et aisément reconnaissable : un art maniaque des hachures et des ombres, une ligne claire et pourtant ronde, comme une souple corde délimitant un ring où se joue un sidérant match de catch libidinal.

Son goût pour la subversion et sa capacité à ignorer tous les tabous ont rapidement fait de Crumb une figure centrale de la contre-culture et des comics underground, dans les années 1960 et 1970. Depuis, s’il n’a pas abandonné ses autofictions grivoises (épinglant tout autant ses névroses que celles de l’Amérique), le dessinateur a considérablement élargi sa palette, notamment en adaptant de grands textes littéraires. Crumb a ainsi transposé en dessins Sartre, et Philipp K. Dick (1), Bukowski (2), Kafka (3) ou La Genèse (4), son trait assagi pour l’occasion et son style hachuré et tortueux donnant une profondeur supplémentaire à ces grands textes. « Je suppose que j’adapte quand je suis à court d’idées pour mes propres histoires. », concède-t-il dans un sourire, « mais il y a quelque chose de très visuels dans ces textes qui m’ont inspirés. »

Désormais adoubé par une culture plus « mainstream » et institutionnelle, il fait aujourd’hui l’objet d’une rétrospective au musée d’Art moderne de Paris. À l’inauguration de l’exposition, il arrive au bras de son épouse : Aline, elle aussi dessinatrice et très volubile. Crumb, lui, est plus réservé : silhouette longiligne et légèrement tordue, le visage mangé par d’épais verres de lunettes et des mains démesurément longues sortant de nulle part et qui semble l’encombrer. Devant les journalistes, il sourit, se dit flatté d’être l’objet d’une exposition si importante, ôte son béret (bien français) et prend la parole – en anglais, car en dépit d’une petite vingtaine d’années passées dans le sud de la France, Robert Crumb prétend ne parler que sa langue natale. Alors son amour de l’absurde prend le dessus et en un tournemain, il inverse la situation : le voici tourné vers Fabrice Hergott, le directeur du musée et c’est lui qui pose les questions. « Pourquoi avez-vous choisi de faire cette exposition ? Avez-vous rencontré des difficultés ? Et pourquoi moi ? Connaissez-vous bien l’univers de la BD ? » On rougit, on sourit, on répond rapidement avant d’essayer tant bien que mal de recentrer la conversation sur notre homme. Après tout, certains ont fait le trajet depuis New York pour l’occasion !

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