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octobre 8, 2015

Assassin’s Creed Syndicate : Instantané de la révolution industrielle

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Jean-Vincent Roy est historien en résidence chez Ubisoft. Depuis deux ans et demi, il travaille avec le directeur artistique Thierry Dansereau sur la reconstitution du Londres de l’époque victorienne pour le jeu Assassin’s Creed Syndicate. Entretien croisé…

Pourquoi le choix de Londres en 1868 ?

Jean-Vincent Roy : C’est la période de la fin de la révolution industrielle. Londres est alors la capitale de l’Empire britannique et le centre du pouvoir et des finances.

Thierry Dansereau : C’est aussi une période très intéressante, car elle définit le monde tel qu’on le connaît de nos jours. Ce que l’on prend pour acquis a souvent trouvé naissance dans ces années là, principalement à Londres ; de même pour toutes les thématiques d’actualité aujourd’hui : la finance, la pollution, les droits des travailleurs…

Ensuite, c’est l’époque de l’émergence du crime organisé. Il régnait à Londres une pauvreté extrême. La criminalité était très forte. Pour beaucoup, la seule façon de s’en sortir c’était de rentrer dans des gangs. C’est là-dessus que se base l’intrigue du jeu.

JVR : Pour cet opus, on s’est moins centrés sur les évènements de la « Grande Histoire », mais on a plutôt utilisé Londres comme un paysage socio-historique. On a choisi l’année 1868, mais ça aurait pu être 1865 ou 1870, d’ailleurs, on a mis un certain temps avant de se fixer sur cette date.

TD : Il y avait aussi une conjoncture de personnages historiques présents à Londres cette année-là qui était favorable à l’élaboration de notre histoire.

Assassin's Creed Syndicate

Lesquels ? Apparaissent-ils dans le jeu ?

JVR : En réalité, les personnages historiques font surtout figure de symboles. Dickens, un des auteurs les plus connus du XIXe siècle, représente l’âme de l’époque victorienne. Charles Darwin lui, est bien sûr le symbole absolu du développement scientifique. Il y a aussi l’infirmière Florence Nightingale qui a amené l’idée d’une certaine émancipation de la femme…

TD : Et puis Alexander Graham Bell, Karl Marx qui était à Londres à ce moment-là, et bien sûr la reine Victoria.

JVR : Après on a des figures historiques, qui ne sont pas des personnages spécifiques. Par exemple la police de Londres. En 1868, ça fait des années qu’elle existe, mais c’est un élément caractéristique de la ville.

Quels monuments londoniens ont été reconstitués ?

JVR : On peut citer le Parlement, Big ben, Buckingham palace, Westminster Abbey, St Margaret’s church, Trafalgar square avec la colonne de Nelson, la National Gallery au Nord, The Monument, et bien sûr St-Paul’s Cathedral, qui est absolument incroyable. C’est le point le plus élevé de Londres à cette époque et jusqu’en 1965…

TD : On a une trentaine de monuments iconiques. C’est sûr qu’il a fallu faire des choix, parce qu’au bout d’un moment on comptait une centaine de monuments. Il fallait sélectionner ceux qui servent le plus la narration et ceux qui sont les plus représentatifs de Londres. Pour nous, le plus important c’était de mettre l’accent sur la révolution industrielle. On voulait voir les machines tourner, la classe ouvrière travailler. Partant de là, c’est vrai que le joueur peut un peu moins visiter les monuments historiques que dans le dernier opus, mais il peut rentrer dans quasiment toutes les usines de la ville.

JVR : La révolution industrielle est vraiment centrale dans notre reconstitution de Londres. On tenait à montrer le développement des techniques, les nouveaux moyens de transport, le train, le bateau à vapeur… La population londonienne passe à peu près d’un million au début du siècle à six millions à la fin du siècle. Cette croissance énorme va avoir un impact sur le développement de la ville. Elle s’étale, les rues s’élargissent, on voit l’apparition de trottoirs et d’éclairages nocturnes. Les commerces pullulent, la publicité s’affiche partout. L’âme de la ville change considérablement. C’est aussi la période où se développe une classe moyenne de banquiers et de fonctionnaires, avec l’émergence du centre financier de la City. Tout ça amène des contrastes dans la ville.

Historia Londres

 

Lire la suite de l’article dans le hors-série d’Historia : « Londres, capitale du monde » (octobre 2015)

 

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