Articles, Cinéma

janvier 11, 2017

Birth of a Nation, Nate Parker

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Sans filtre, avec autant de fièvre que de fureur, le jeune réalisateur afro-américain plonge dans les heures sombres de l’histoire américaine. Pour son premier long-métrage,  Nate Parker s’attaque à  l’une des premières et des plus importantes révoltes d’esclaves aux États-Unis, menée par Nathanaël (Nat) Turner en 1831. Au fin fond de la Virginie cotonnière, cet esclave et prédicateur s’est cru investi d’une mission divine : libérer son peuple de l’oppresseur, tel Moïse en Égypte. Instrument autoproclamé de la colère divine, Nat parvint à réunir environ 70 hommes et mena un raid punitif, de propriété en propriété, assassinant les maîtres et leurs familles, ouvrant toutes les grilles, libérant tous les esclaves… pour quelques heures seulement, puisque la révolte fut matée dans le sang dès le lendemain.

Tout cela pour rien alors ? Non, répond Nat le prédicateur : Pour le bonheur de connaître la liberté, ne fusse que pour une journée, et de mourir en homme. Non, répond Nate le réalisateur : Si les conséquences immédiates sont désastreuses, la révolte est le symbole de l’histoire en marche. Un message qu’il réitère en évoquant la guerre de Sécession à la fin du film et en le présentant  comme l’aboutissement direct des combats de 1831.

« Naissance d’une nation » reprend le titre d’un film réalisé en 1915 par D. W. Griffith et considéré comme l’un des longs métrages les plus révolutionnaires et les plus plus racistes de l’industrie du cinéma ! Quand Griffith racontait avec emphase et admiration la fondation du Ku Klux Klan, Nate Parker, qui se présente comme un activiste, opte pour une réflexion sur la révolte et le choix de la violence, libératrice et fatale, en référence au message biblique qui prône la guerre autant que l’amour, la vengeance autant que le pardon…

L’œuvre de Griffith en 1915 était extrêmement novatrice d’un point de vue technique, celle de Parker en 2016 adopte une forme classique mise en valeur par une photographie à couper le souffle. Le regard se perd dans la délicatesse des champs de coton, tout en lumière et en transparence… Un décor trop idyllique où des horreurs prennent place; la voix de Nina Simone en fond sonore nous le rappelle avec amertume : « le doux parfum des magnolias en fleurs cache une odeur de chair brûlée ». Violence et beauté forment un dangereux équilibre. (…)

 

Lire la suite de cette critique dans le n° 841 du magazine Historia (janvier 2017)

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